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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/724

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pour 100. Le ministre des finances, cependant, sans révéler son secret, le laissait pressentir, et des initiés vendirent du 4 1/2, croyant savoir que le taux descendrait à 3,60 pour 100, ce type de rente étant exactement divisible par 4, et donnant 90 centimes pour chaque échéance trimestrielle. La rente à convertir recula alors à 105 francs ; et la chute du cabinet la fit même fléchir à 104,75. Il est clair que le futur ministre des finances peut avoir sur l’opération des vues différentes de celles de M. Peytral. Mais il est non moins évident qu’une conversion qui porte sur un capital de sept milliards ne peut être entreprise que dans des conditions où le succès soit assuré. Or la première de ces conditions est que les rentiers auxquels est imposé le sacrifice soient assez ménagés pour que la tentation ne puisse leur venir de réclamer le remboursement pur et simple de leurs titres. On ne peut donc supposer que le taux adopté soit inférieur à 3,60 pour 100. D’autre part, tout ajournement de l’opération ne peut être qu’une cause de fermeté pour les cours du fonds condamné. Déjà le 4 1/2 a repris à 104,90, et il dépassera de nouveau sans peine 105 francs.

Les deux fortes hausses de la quinzaine sont celles du 3 pour 100 russe 1891 et du Hongrois 4 pour 100 or. Tous les fonds russes ont monté, l’emprunt d’Orient est à 68, le Consolidé 4 pour 100 est à 100,35, mais ces mouvemens sont modestes ; on n’en peut dire autant de celui du 3 pour 100 qui a été porté de 81 à 83,25. Voilà donc la capitalisation de la rente russe à 4 pour 100 qui va devenir une affaire du passé. Car du 3 pour 100 à 83,25 produit exactement un rendement de 3,60 pour 100. La Russie a eu la bonne fortune, grâce aux excellentes traditions de son administration financière, à l’esprit de suite qui préside à ses destinées et dirige les actes de son souverain, grâce aussi à l’appui fervent du public français pour qui le placement en fonds russes est devenu une question de patriotisme en même temps qu’une affaire fructueuse, de pouvoir convertir en peu d’années ses anciennes dettes 6 et 5 pour 100 en 4 pour 100. L’opération a porté sur un certain nombre de milliards ; le Trésor russe en a retiré de larges réductions dans ses charges d’intérêt ; les capitalistes français y ont gagné de belles différences de cours. Tout est donc pour le mieux, et il est aisé de prévoir que la conversion des rentes 4 pour 100 elles-mêmes en 3 pour 100, impliquant l’unification de la dette, ne tardera plus longtemps à être agitée dans les conseils de l’empire.

Le marché de Vienne s’est complètement retourné. Il avait été pris le mois dernier d’une sorte de panique sous l’influence combinée de la hausse du change à 6 pour 100 et du mauvais exemple que donnait la rente italienne. La constitution du cabinet Windischgraetz a rasséréné les esprits. Il a suffi que le nouveau ministre des finances, M. de Plener, donnât l’assurance qu’il appliquerait toute son attention à l’achèvement de la réforme monétaire, pour que l’agio sur l’or tombât brusquement.