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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/722

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activement la campagne que le gouvernement a dû entreprendre, il y a deux mois, au Maroc.

On sait que l’Espagne occupe sur la côte septentrionale du Maroc quatre positions : Ceuta, Velez, Alhucemas et Melilla, auxquelles on peut ajouter les îles Zaffarines. On les appelle souvent les presides, c’est-à-dire les pénitenciers, parce qu’en effet chacune de ces villes renferme un établissement correctionnel. De ces quatre places, Melilla est la plus orientale, c’est-à-dire la plus voisine de la frontière algérienne. Il y a quatre siècles que les Espagnols la possèdent, et non sans gloire ; elle a eu maintes fois à repousser les assauts opiniâtres des Arabes. Voilà qui suffit à expliquer l’émotion que causent en Espagne les événemens de Melilla et la ferme intention de nos voisins de ne pas laisser cette nouvelle agression impunie.

Les montagnards Berbères, descendans des Numides du temps de Jugurtha, qui habitent le Riff, pays complètement fermé, inaccessible aux Européens et ne dépendant que pour la forme du sultan du Maroc, se livrent sous les murs des petites possessions espagnoles à des déprédations, qui sont une source inépuisable de conflits. Il y a quelques mois, à la suite d’une inspection à Melilla du général commandant les troupes d’Andalousie, on décida d’élever un fortin, qui dominerait le marché où les indigènes des environs se rendent chaque semaine pour approvisionner la place. L’emplacement choisi pour ce poste se trouvait être un terrain où reposaient les restes d’un saint marabout, universellement vénéré dans la région. Le bouleversement de ce tombeau a suffi pour offenser les Riffains, musulmans très orthodoxes, qui se sont fait un devoir de détruire à leur tour les constructions espagnoles.

Telle est l’humble origine de la campagne qui, depuis sept semaines, occupe toute la péninsule. L’affaire de Melilla, quelque satisfaction d’amour-propre que doivent légitimement recevoir les Espagnols, vaut-elle la peine de se lancer dans une aventure ? Le cabinet libéral ne l’a pas pensé ; il a conduit les opérations militaires « bride en main », selon le mot de jadis ; et après avoir envoyé des troupes en Afrique et engagé des hostilités qui ont coûté la vie au général Margallo, il a, depuis quelques semaines, attendu l’effet des promesses du sultan qui offrait de se charger de punir les Kabyles. Nous estimons qu’il a bien fait.

Le peuple espagnol, qui s’irrite des lenteurs diplomatiques, serait désolé sans doute que le conflit s’arrangeât « par des papiers » ; mais les hommes d’État de Madrid, qui ont à surmonter des difficultés et des embarras financiers, où l’honneur national pourrait être compromis bien plus encore que sur le littoral méditerranéen, sont plus excusables que ne le pensent les ultra-chauvins d’au-delà des Pyrénées, de ménager le sang et l’argent de leurs concitoyens. Le cabinet ne s’est décidé à la guerre que sous une pression intense, et en quelque sorte in