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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/697

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disait à propos de ces têtes sans exemple que c’était la première fois qu’on introduisait l’amour dans la politique. Files ont démontré que la France a toujours du goût pour la politique de sentiment ; mais il peut arriver que la politique de sentiment soit une politique de raison, et on trouve quelquefois son compte à s’abandonner aux entraînemens de son cœur. Si M. Geffcken avait un peu plus d’imagination ou d’impartialité, il comprendrait sans peine qu’une nation qui a essuyé de grands désastres, que ses ennemis s’appliquaient à tenir en quarantaine, à laquelle les prophètes avaient annoncé ; que tant qu’elle resterait en république, elle ; n’aurait en Europe aucun allié, éprouve un sentiment de délivrance en constatant que les prophètes se sont trompés, qu’elle a réussi à se faire des amis et qu’elle peut conserver ses institutions sans se condamner à une éternelle solitude.

Selon M. Geffcken, la République française, en nouant des relations d’amitié avec l’empire du Nord, a contracté une liaison contre nature, qu’il est impossible de prendre au sérieux. C’est là une de ces vaines tentatives qui ne sauraient aboutir, un de ces mariages contraires à toutes les convenances, que les badauds donnent pour certains et qui ne se feront jamais, parce qu’en définitive c’est la raison qui gouverne les actions humaines. M. Geffcken a cru démontrer sa thèse en rappelant qu’à six reprises déjà, sous Pierre le Grand, sous Elisabeth, sous Paul, sous Alexandre Ier, sous Nicolas, sous Alexandre II, la Russie a tenté de conclure une alliance avec nous et que par la force des choses, l’un après l’autre, tous ces essais ont avorté. On pourrait lui répondre que les circonstances ont changé, que la face de l’Europe s’est transformée, que l’Allemagne exerce aujourd’hui une hégémonie qu’elle n’a pas su faire agréer à tous ses voisins, que par ses soins trois puissances ont formé une redoutable coalition dirigée à la fois contre la Russie et contre la France. Avoir les mêmes ennemis est souvent une raison suffisante pour devenir amis, et la communauté des intérêts a plus d’une fois rapproché des peuples opposés d’opinions, de goûts et de caractères.

M. Geffcken a deux poids et deux mesures. L’alliance franco-russe lui parait une combinaison politique cou Ire nature, et la triple alliance de l’Allemagne, de l’Autriche et de l’Italie lui semble la chose la plus naturelle du monde. Eh ! sans doute, si quelqu’un avait annoncé, il y a vingt ans, que la République1 française aurait en Europe deux amis, un pape et un tsar, personne n’aurait voulu le croire. Mais aurait-il obtenu plus »le créance le devin qui aurait prédit qu’un jour l’Italie trouverait son intérêt à entrer dans la même alliance que l’Autriche, qu’oublieuse d’un long passé, elle unirait ses destinées à celles de l’ennemi héréditaire, qui détient encore dans ses mains des provinces qu’elle considère comme faisant partie de son patrimoine ? Le destin a