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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/676

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Pictavia, parti le premier, est arrivé à Yambo, qui est l’échelle de Médine, comme Djeddah est l’échelle de la Mecque, avec 15 morts pour une cargaison de 1200 passagers ; l’Auvergne, 13 décès pour 1 000 pèlerins. Le Gergovia, que montaient 1 200 passagers, a présenté avant de lever l’ancre 3 décès, et après 22 heures de traversée et 12 heures consacrées au débarquement, il y avait 30 morts. Je ne parle que pour mémoire des nombreux pèlerins qui ont été débarqués à Yambo agonisans.

Il est d’ailleurs presque impossible de se rendre compte d’une façon précise du nombre total des décès. Au lendemain des fêtes, la dislocation rendait encore l’appréciation plus difficile, puisque, pour avoir la mortalité du pèlerinage, il eût fallu tenir compte de trois données essentiellement variables : la fraction des pèlerins encore à la Mecque, des pèlerins en caravanes, la fraction arrivée à Djeddah ou déjà embarquée et leurs mortalités respectives. Sur tous ces élémens, l’administration ottomane ne paraît avoir aucun renseignement précis. J’ajouterai que beaucoup de morts sont cachés par leurs parens ou leurs amis et enterrés sans qu’il y ait possibilité d’intervenir et de constater.

La situation dans les entreponts des navires était lamentable. L’encombrement qui y régnait était tel qu’on ne pouvait, sans la plus grande peine, arriver à s’ouvrir un passage jusqu’aux angles des entreponts où s’éteignaient les moribonds. La température y était de 38°.

Le comble de l’encombrement a été réalisé par l’Etna, battant pavillon anglais, navire de 826 tonnes, portant, lors de son passage à Suez, 981 pèlerins. Dans un voyage accessoire de Djeddah à Hodeïdah, il en avait embarqué 1 400. L’aspect de ce navire était repoussant, l’odeur intolérable. Il y avait des matières même sur la rampe de l’échelle ; un grand nombre de pèlerins étaient malades. l’un d’eux est mort en rade de Suez, trois ou quatre autres pendant la traversée du canal. Au lieu de placer ces derniers, revêtus du sac goudronné réglementaire, dans une barque recouverte d’un prélart, on avait trouvé plus simple de les suspendre à l’arrière, se balançant dans le vide.

Cependant l’Etna avait trouvé moyen de ne faire à Djeb-el-Tor que ses quinze jours de quarantaine ; le Maltais affréteur de ce navire, vieil écumeur de pèlerinage, connaissait, sans doute les grands et les petits moyens à employer en pareille conjoncture. L’Etna, dont l’odyssée a été complète, rapatriait des pèlerins marocains. Le conseil sanitaire de Tanger ne put les recevoir, et S. M. Chérifienne fit demander par notre consul que Matifou, notre lazaret situé près d’Alger, voulût bien admettre le navire, dont la malpropreté dépassait toute description, et qui n’avait à