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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/671

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Calcutta pour affaires, car ces pèlerins sont aussi îles marchands. Ils étaient revenus par le chemin de fer à Bombay, d’où ils s’étaient embarqués pour Djoddah.

En 1884, un certain nombre de navires partirent de l’Extrême-Orient et, eurent des cas de choléra pendant leur traversée. L’histoire du Crocodil est surtout intéressante. Bien que les faits n’aient pas été exactement connus du public, il est certain que le Crocodil avait présenté des cas de choléra de Bombay à Suez, où la déclaration du capitaine fut inexacte, ce qui eut pour résultat de faire donner libre pratique au navire. Mais on fut bien obligé d’avouer le cas qui se déclara dans le canal.

De Suez jusqu’au-delà de Malte, où il fut repoussé, le Crocodil eut 5 cas de choléra dont 3 mortels. Ainsi donc, le Crocodil eut du choléra à bord jusque dans la Méditerranée occidentale. On sait qu’il fut soumis à un nettoyage, à une désinfection et à des soins d’assainissement exceptionnels durant le reste du voyage et lors de son arrivée sur la rade de Portsmouth. L’Egypte et l’Europe échappèrent au danger, mais ces incidens révélaient l’importance du péril dont ne tenait pas suffisamment compte l’administration sanitaire d’Egypte, depuis l’occupation du pays par les Anglais.

Le professeur Robert Koch, de Berlin, a également insisté sur le danger de l’importation du choléra par les navires, et surtout par ceux qui sont chargés de pèlerins, d’émigrans et de coolies.

Les épidémies navales sont pleines d’enseignement. Le cas du Crocodil, je pourrais ajouter celui de la Corrèze, offrent des exemples frappans de l’importation du choléra par des navires provenant de l’Extrême-Orient.

Mais aucune démonstration n’égale celle qui a été fournie par les épidémies d’Allen et de Camaran, importées par les vapeurs à marche rapide, le Columbian, et l’Hesperia, provenant de Bombay, des Indes, dans la Mer-Bouge et en Egypte. Le dernier surtout est le fait d’importation le plus évident que l’on connaisse depuis longtemps ; et il n’est inférieur en certitude à aucune des expériences positives exécutées avec précision dans nos laboratoires. Aussi s’étonne-t-on de voir, après ces faits, les médecins conseillers du gouvernement anglo-indien avancer qu’il n’y a point d’exemple d’importation directe du choléra. « Omnis cholera ex cholera, tel est l’axiome, dit M. Mahé, dont la vérité s’impose de nos jours et sous nos yeux plus que jamais. »

J’ajouterai que les navires anglais Hesperia et Crocodil, partis de Bombay où il n’y avait que quelques rares cas de choléra, 4 à 7 au plus par semaine, ne furent pas moins les importateurs de