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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/601

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principales du grand fleuve Oxus, qui en est l’artère, à savoir la source du Pendj et celle de l’Ak-sou.

En arrière de cette frontière naturelle de l’Hindou-Kouch, déjà excellente par elle-même, on peut très aisément, par la fortification facile du col de Darkoth, rendre infranchissable la ligne de faîte, parallèle à la première, qui sépare la vallée de Tchitral de celle du Yassine ; ce qui crée encore une seconde ligne de défense presque impossible à forcer. On ne peut la tourner qu’en faisant une marche de flanc de 500 kilomètres vers le sud-ouest et en forçant ensuite les passes de Peschaour, dont le système de défense est depuis longtemps étudié par les possesseurs de l’Inde. Enfin, en admettant que l’ennemi franchisse le col de Darkoth, et pénètre dans les vallées du Yassine et du Khondjout, la communication de celles-ci avec l’Inde est barrée facilement par la fortification de Guilguit, qui garde l’entrée de la gorge étroite par le fond de laquelle les eaux de ces deux pays fermés communiquent avec la vallée de l’Indus.

La frontière nord-ouest de l’Inde, jusqu’à présent mal fermée, sera ainsi couverte par une triple ligne de défense tout à fait formidable, et telle que jamais aucun des grands empires de la Péninsule n’en a possédé.

Les Anglais, en outre, par la possession, du Ouakhan, et par celle du cours supérieur du Yarkand-Daria, dont ils revendiquent les sources, situées au nord du Kara-Koroum, auraient un pied dans le bassin de l’Oxus, c’est-à-dire dans le Turkestan russe, et un autre pied dans le bassin du Lob-Nor, c’est-à-dire en Chine. Pour qui connaît le système de progression envahissante et la force d’expansion des colonies anglaises, on sait ce que veulent dire pour l’avenir ces deux positions. Si la Russie accepte cette combinaison, elle a, malgré l’avance qui semblait lui être acquise depuis vingt ans, perdu la partie dans le partage du Toit du Monde.

Pour le faire clairement comprendre, nous sommes obligé) de donner ici quelques détails sur la géographie stratégique de l’Hindou-Kouch, la grande arête montagneuse qui sépare la région indienne de l’ancienne Scythie, c’est-à-dire de l’Asie septentrionale. Si la partie occidentale de cette chaîne était déjà connue depuis un certain nombre d’années, en revanche son extrémité orientale, celle qui se relie aux grandes chaînes encadrant l’Empire chinois, c’est-à-dire la partie qui touche au nœud central du Pamir, n’a été découverte que par les expéditions toutes récentes dont les résultats, encore presque tous inédits, ne sont encore qu’à peine révélés aujourd’hui. Les découvertes dont il s’agit