Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/592

Cette page n’a pas encore été corrigée


Kastienko pénétrait plus au sud sur les plateaux mêmes du Pamir ; il visitait le lac du Grand-Karakoul, le lac des Dragons des anciens géographes chinois, et il découvrait la passe d’Ouz-Bel, qui, franchissant une ligne de l’aile très élevée, dont le point le plus bas n’a pas moins de 4630 mètres, met en communication le bassin de ce lac avec les vallées du Pamir proprement dit. La même année, en 1876, le général Kouropatkine, aujourd’hui gouverneur de la province transcaspienne, et qui fut chef d’état-major de Skobeleff dans des circonstances devenues historiques, passait sur le versant oriental du Pamir en traversant le col de Térek-Davan. A la tête d’un détachement important et accompagné d’un naturaliste éminent, M. Wilkins, dont la science déplore la perte récente, il s’avançait, à travers la Kachgarie, dans la direction de l’est, le long du versant méridional des monts Célestes, jusqu’au-delà d’Aksou.

Depuis lors, les expéditions de nombreux savans russes, le géologue Mouchkétoff, le célèbre professeur Sévertzoff, le capitaine Poutiata, l’ingénieur Ivanoff, le savant naturaliste Ochanine, et d’autres encore, ont sillonné le Pamir dans plusieurs sens et en ont révélé la topographie aux géographes européens d’une façon assez complète, car leurs itinéraires s’étaient déjà raccordés à ceux des explorateurs anglais, lorsqu’une expédition composée de trois voyageurs français, MM. Bonvalot, Capus et Pépin, entreprit pour la première fois, en 1887, de traverser le Pamir du nord au sud, c’est-à-dire de passer du Turkestan aux Indes, et du territoire russe sur le territoire anglais. Le voyage par lequel ils réalisèrent ce programme, voyage rendu plus difficile encore par la rigueur de la saison, et dont les résultats sont bien connus du monde savant tout entier, acheva de rattacher les itinéraires russes aux itinéraires anglais, en établissant un trait d’union entre les premiers, ayant pour base le versant nord du Pamir, et les seconds, exécutés sur le versant sud.

En dernier lieu, plusieurs expéditions, dont la plus hardie fut celle du capitaine Groumbtchevsky, en 1889 et 1890, achevèrent la prise de possession du Pamir par les Russes. Cette expédition fut suivie et sanctionnée par les démonstrations militaires et politiques exécutées en 1891, 1892 et 1893, que le colonel Yonoff, ainsi que par le gouverneur général du Turkestan, le baron Wrewsky. D’autre part, depuis 1889, plusieurs voyageurs anglais, M. Liltledale, le capitaine Younghusband, et cette année même lord Dunmore, ainsi que plusieurs autres, parcoururent ou traversèrent les parties les moins connues et les plus centrales du Pamir. Mais ces expéditions étaient certainement postérieures à