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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/586

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ancêtres présumés de nos bœufs, des félins nombreux, le chien sauvage de l’Himalaya, duquel descend peut-être notre chien, les chevaux et les chameaux sauvages. L’existence de ces deux dernières espèces à l’époque actuelle a été longtemps contestée, mais vient d’être enfin démontrée par le dernier voyage des frères Groum-Grgimaïlo. qui, en 1890, ont découvert les uns et les autres dans le voisinage du lac Lob-Nor.

Si donc, sans plus d’examen, et coupant court à une critique aride que nous ne saurions ici pousser à fond, dans une esquisse qu’il ne nous est pas possible de faire autrement qu’à grands traits, nous admettons provisoirement la possibilité de l’hypothèse précitée, qui place sur le Toit du Monde le jardin de l’Eden, il nous reste à trancher cette question spéciale : « En quel endroit du Pamir faudrait-il placer ce jardin mystérieux ? » Car le massif montagneux dont il s’agit est fort vaste : dans son ensemble il a plus de 500 kilomètres de diamètre. Si, pour nous aider dans cette recherche, nous nous reportons aux anciens textes de la Genèse, nous y trouvons des renseignemens assez formels. Le deuxième chapitre nous dit, aux versets 10 et suivans :

« Dans ce lieu de délices il sortait de la terre un fleuve pour arroser le Paradis ; ce fleuve de là se divise en quatre canaux coulant vers les quatre points cardinaux :

« L’un s’appelle Phison, et c’est celui qui coule tout autour du pays de Hevilath, où il vient de l’or ;

« Et l’or de ce pays est très bon ;

« C’est là aussi que se trouve le bdellion et la pierre d’onyx.

« Le second fleuve s’appelle Géhon, et c’est celui qui coule tout autour du pays d’Ethiopie… »

Il est impossible, soit dit en passant, de ne pas remarquer l’identité curieuse ; du nom de ce fleuve avec celui de Djihoun, nom que porte encore aujourd’hui, chez tous les peuples de langue arabe, le grand fleuve Oxus, que les tribus de race turque appellent Amou-Daria.

Deux localités, sur le Pamir, répondent, plus ou moins, topographiquement, au signalement qui vient d’être donné. Si l’on s’en rapporte à l’étymologie locale, — Alaï, en kirghiz, signifie, dit-on, paradis, — on peut placer le Paradis terrestre dans la vallée d’Alaï. Dans ce cas, les quatre grands fleuves seraient ; le Tarim, qui coule vers l’est, représenté par une de ses sources, le Kizil-Sou, ou par une branche voisine, le Markhan-Sou ; le Sourk-Ab, qui coule vers l’ouest, et qui, par sa réunion avec le Pendj, forme l’Oxus ou Djihoun ; l’Iaxarte, qui coule vers le nord ; et en lin, au sud, l’ancien émissaire du grand lac Kara-Koul, qui