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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/479

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des projets de loi instituant des conseils électifs dans les paroisses et établissant la responsabilité patronale dans les accidens du travail. Le premier de ces bills, qui vient d’être voté en deuxième lecture à la Chambre des communes, a pour but de donner un organe représentatif aux paroisses rurales d’Angleterre et du pays de Galles, qui restaient jusqu’ici sous l’autorité du propriétaire foncier — squire — et sous la gestion des conseils de comtés élus et des magistrats choisis dans la classe des landlords. La loi nouvelle est d’une haute importance, puisqu’elle étend aux campagnes le self-government et met fin à la domination de l’aristocratie rurale. Toutefois, comme il est certain que les conservateurs des deux Chambres accepteront cette réforme, et qu’ils ne feront pas plus de difficultés pour l’organisation de la responsabilité patronale dans les accidens, dont la discussion se poursuit depuis une semaine, — lord Salisbury a publiquement exprimé, à Preston, dans un club conservateur d’ouvriers, l’espoir qu’elle serait votée pendant la session en cours, — l’adoption de ces deux bills, auxquels M. Gladstone a limité pour cette année le programme ministériel, ne peut faire présager sa tactique future.

La Chambre des lords, que l’histoire de l’Angleterre nous fait voir toujours opposée aux grandes réformes, a invariablement cédé de bonne ou de mauvaise grâce, lorsqu’elle a constaté que le pays était contre elle. Précisément, à l’heure présente, elle se refuse à faire cette constatation, en se fondant sur les 70 voix anglaises de majorité qui se sont prononcées aux Communes contre l’autonomie de l’Irlande. Le duc de Devonshire a résumé la politique de ses collègues, en disant « qu’ils n’entendent pas s’opposer aux volontés nationales^mais qu’ils estiment remplir leurs devoirs envers le peuple, en empêchant qu’un changement constitutionnel décisif soit apporté par une loi qu’un seul parti voudrait imposer à toute une nation. »

Puisque le refus du home rule ne peut à lui seul déterminer un mouvement d’opinion dans la Grande-Bretagne contre la Chambre haute, ainsi qu’on l’avait d’ailleurs prévu ici même et que l’on a pu s’en convaincre cet été, il faut que le cabinet se fasse battre par les Lords sur d’autres terrains. Pour y parvenir il n’aura, parmi les projets radicaux, que l’embarras du choix : la séparation de l’église établie dans le pays des Galles ou la réforme du système d’inscription électorale lui en fourniront les moyens.

C’est à ce dernier plan qu’il s’arrêtera sans doute. La campagne démocratique, menée par le peuple contre la bourgeoisie, au cri de « une voix par tête », fournirait au premier ministre anglais l’occasion du triomphe dont il a besoin. Une défaite éclatante vient d’accueillir, dans une entreprise analogue, ayant pour objet l’extension du droit de suffrage, le chef du cabinet autrichien. Seulement, à Vienne, les rôles