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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/247

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CE QU’ELLES PEUVENT PREMIERE PARTIE I C’était une chose charmante que la façon dont l’amour était entré dans le cœur de Nicole de Saulx. Sans qu’elle y eût jamais pensé, sans qu’elle en eût parlé, sans qu’elle eût bien su peut-être s’il existait, et ce que c’était, — il s’était trouvé un jour où, en elle, il n’y avait plus eu que cela. Sans secousses, sans bruit, avec la puissance irrésistible d’une eau qui monte, mais avec sa douceur aussi, ce sentiment nouveau avait empli tout à coup son être. Et, tout étonnée de voir passer tant d’images nouvelles où rien n’était avant, c’était en voulant chercher sous les miroitemens de cette eau ce qu’il y avait encore, que Nicole était descendue plus bas, et qu’elle avait senti sa pro- fondeur. Le nom après la chose était venu alors ; et elle l’avait appris ainsi, penchée sur cet inconnu d’elle-même : sans peur, sans timi- dité, avec une admiration presque religieuse pour cette force qui la faisait sentir plus ardemment, penser plus doux, et voir plus beau, sans le secours de rien d’autre. Puis l’émotion calmée, la gaieté avait reparu; et elle s’était remise à aimer avec cette plénitude de joie et de confiance qui est le charme infini du premier amour. Que craindre d’une chose si exquise, et qu’il vous semble tenir si fortement dans vos mains? « Je l’aime et il est là !.. . Je l’aime, et seule j’éprouve encore ces impressions si vives et qui m’enchantent!... Avec ce même cœur et cette même tête, toujours je pourrai sentir de même. TOME CXX. — 15 NOVESiBRE 1893. 16