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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/238

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peu de jours, « éviter les querelles entre républicains » ; au contraire, il convient de gouverner pour ou contre les radicaux.

M. Peytral, par exemple, insinue que les ministres actuels sont tout simplement des gens pleins de bonne volonté, qui n’ont d’opinion arrêtée sur quoi que ce soit et ne sont « réfractaires à aucun des progrès que comporte l’étiquette républicaine » ; il a cependant exprimé à plusieurs reprises son intention de proposer un impôt sur le revenu, tandis que le président du conseil a déclaré maintes fois qu’il y était hostile. Ce n’est pas que le parti modéré se veuille réduire à être un parti rétrograde ni même stationnaire. Bien loin de là : les réformes financières, sociales, administratives, auxquelles il devra s’attacher sont nombreuses, et nous aurons sans doute l’occasion de les discuter une aune. C’est pour les faire aboutir qu’il doit les systématiser, les imposer aux délibérations du parlement, et rejeter tout ce qui s’en écarte et qui en pourrait distraire l’attention des représentans du pays.

Il serait déraisonnable de créer sans compensation des impôts nouveaux, lorsque notre budget, établi avec sagesse, peut fort bien se régler en équilibre. Tel n’est pas le cas de tous nos voisins ; tel n’est pas présentement celui de l’Allemagne, qui, depuis le vote de la nouvelle loi militaire, se préoccupe des moyens de faire face au surcroît annuel de charges, s’élevant à environ 75 millions de francs, qui en résultera. Depuis dix-huit ans le budget de l’empire allemand n’a cessé de grandir. En 1874 il s’élevait à 840 millions de francs, sur lesquels 414 millions étaient affectés aux dépenses militaires. En 1893 il monte à 1 521 millions de francs, dont 793 millions sont absorbés par les budgets de la guerre et de la marine. Durant les treize dernières années les impôts indirects ont presque triplé, et cependant la dette publique est de deux milliards et demi, le déficit est devenu chronique ainsi que les emprunts.

Dans les deux réunions que les ministres des finances des 32 États confédérés ont tenues, d’abord à Francfort au mois d’août, puis à Berlin à la fin de septembre, il a été décidé que le supplément de recettes nécessaires serait demandé au vin et au tabac. Il avait d’abord été question d’imposer l’alcool et la bière, chose grave au delà du Rhin ; mais M. de Caprivi, d’accord avec l’empereur qui l’avait autorisé à consentir aux plus grands sacrifices pour obtenir le vote de la loi militaire, prit sur lui, sans consulter ses collègues, de déclarer au Reichstag que l’on ne toucherait pas « à l’alcool, à la bière et au tabac du pauvre homme ». Cette concession était nécessaire pour s’assurer les voix des antisémites et de l’union libérale. Seulement, si l’on exempte le tabac commun, les fabricans prétendent prouver que la qualité supérieure ne représente que 10 p. 100 de la consommation et qu’il est impossible de lui faire produire l’impôt dont l’État a besoin.

L’Allemagne du Sud a, de son côté, protesté contre l’impôt sur le