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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/233

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d’Alexandre III, en disant que la visite de l’escadre russe laisserait parmi nous d’ineffaçables souvenirs.

C’est cette politique de paix qui s’affirmait de nouveau et s’accentuait encore dans la dépêche que l’empereur de Russie adressait de Gatchina, le 27 octobre, au Président de la République, au moment même où celui-ci prenait congé à Toulon de « la belle escadre sur laquelle il avait eu la vive satisfaction de saluer le pavillon russe dans les eaux françaises », et dans l’admirable hommage que le tsar, après avoir voulu voir les officiers russes réunis aux officiers français derrière le cercueil du maréchal de Mac-Mahon, rendait en ces termes à la nation française :

« Au moment où l’escadre russe quitte la France, il me tient à cœur de vous exprimer combien je suis touché et reconnaissant de l’accueil chaleureux et splendide que nos marins ont trouvé partout sur le sol français.

« Les témoignages de vive sympathie qui se sont manifestés encore une fois avec tant d’éloquence joindront un nouveau lien à ceux qui unissent nos deux pays et contribueront, je l’espère, à l’affermissement de la paix générale, objet de leurs efforts et de leurs vœux les plus constans. »

En même temps que ce télégramme parvenait à M. Carnot, le ministre des Affaires Étrangères recevait de l’ambassade de Russie communication du télégramme suivant adressé par M. de Giers, ministre des Affaires-Étrangères de l’empereur de Russie, à M. le baron de Mohrenheim :

« L’Empereur vous charge d’être l’interprète de sa sincère gratitude auprès des organes du gouvernement ainsi que des représentans de toutes les classes de la société qui ont participé à la brillante et cordiale réception de l’escadre russe en France.

« Sa Majesté est très touchée des sentimens de sympathie et d’amitié si admirablement témoignés en cette circonstance.

« L’empereur télégraphie directement à M. le Président de la République. » C’est le dernier mot de toutes ces fêtes, et après lequel tout commentaire serait superflu.

Ces réjouissances multipliées, qui se succédaient à de si courts intervalles qu’on aurait presque pu trouver qu’il y en avait trop et qu’elles devaient accabler en quelque sorte par leur nombre ceux qui en étaient l’objet, ont dû pourtant s’interrompre un jour, pour faire place à la pompe funèbre dont la République avait le devoir d’honorer celui qui fut, sans le savoir et sans le vouloir peut-être, l’un de ses fondateurs. On a dit qu’il se formait de grandes liaisons entre les peuples qui se font de grandes guerres, parce que la guerre est une sorte de commerce qui rapproche ceux mêmes qu’elle entre-choque. C’est un peu de