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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/193

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L’ŒUVRE
DE
GUY DE MAUPASSANT


Une vie qui tient tout entière dans les dix années d’une production incessante et d’un labeur qui était fécond sans être hâtif, commencée par la conquête immédiate de la célébrité et terminée brusquement par la chute dans une folie sans remède ; vie d’un homme qui a voulu jouir de tout et à la fois par le corps et par l’esprit ; vie d’un artiste qui, depuis le premier jour où il a fait œuvre d’art, jusqu’au dernier où sa plume s’est brisée entre ses doigts, n’a subi dans son talent aucune diminution, mais qui au contraire n’a cessé d’aller les yeux fixés sur l’image de la perfection ; vie brève et pleine qui a sa beauté, au sens esthétique du mot et qui aussi a sa beauté morale, puisque, par la lutte contre les difficultés de la forme et par celle plus poignante contre l’envahissement du mal, elle témoigne d’un continuel effort de volonté ; — une œuvre une et variée, déterminée par l’action d’un principe intérieur et qui pourtant se modifie sous les influences qui font l’atmosphère d’une époque d’art, dirigée vers l’étude de certains sujets et qui néanmoins reflète les aspects de la réalité multiple et changeante ; une œuvre où il n’y a presque rien de médiocre et d’insignifiant, mais dont quelques parties nous apparaissent faites de matériaux solides et capables de résister à la morsure du temps ; — ç’a été la vie et c’est l’œuvre de Maupassant. C’est pourquoi l’annonce de sa mort n’a laissé personne indifférent. Aujourd’hui encore, et quelque effort qu’on fasse pour se tenir en garde contre les surprises d’une sensibilité un peu grossière, il est impossible, au moment de parler de lui, de se