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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/879

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Les gelées ont été rares cette année. La Bretagne et la Normandie regorgent de fruits ; la profusion y est telle que les prix sont tombés et que l’abondance de la production fruitière ne compensera pas les pertes qu’a fait essuyer la disette de fourrages, cependant elle fournira pour cet hiver un supplément d’alimens.

Les pommes, les poires, employés à la confection du cidre et du poiré, laisseront des marcs dont il faudra cette année tirer parti. Aussitôt que les pommes écrasées sortent du pressoir, on brise le gâteau, on le mélange à du sel ; puis on le tasse fortement dans des futailles vides, ou encore dans des fossés, on recouvre la masse d’argile. On procède, en réalité, à un véritable ensilage.

Toute la région de la vigne trouve, de son côté, d’importantes ressources dans les feuilles et dans les résidus de vendange, dans les marcs. Les animaux acceptent volontiers les feuilles de vigne, et, du premier coup, on reconnaît que notre immense vignoble offre à la consommation du bétail une masse énorme de matière végétale. Visiblement, il ne peut être question de cueillir les feuilles qu’après la vendange et lorsque le bois qui doit porter fruit l’année suivante a bien mûri, lorsque l’aoutage est complet. Si on agissait autrement, on compromettrait la récolte prochaine et l’effeuillage serait ruineux ; si ces précautions sont de mise dans le Centre et le Sud-Ouest, où habituellement cette maturation du bois est un peu tardive, elles ont si peu de raison d’être dans les vignobles vigoureux du Midi, que des vignerons expérimentés n’hésitent pas à faire entrer les moutons dans les vignes aussitôt après les vendanges.

Une objection, cependant, se présente à l’esprit. On sait quels dégâts ont causés depuis quelques années différentes maladies cryptogamiques qui s’attaquent à la vigne, détruisent le parenchyme des feuilles et provoquent leur chute.

Ce n’est pas seulement en France que l’une de ces maladies, la plus dangereuse sans doute, le mildew, exerce ses ravages. En parcourant la Vénétie, à la fin de l’été de 1885, j’ai vu les rameaux de vignes courant en festons d’un arbre à l’autre, absolument dépouillés de leurs feuilles ; les grappes, encore vertes, pendaient tristement à ces branches dénudées. La feuille est le laboratoire de la plante, le fruit n’est qu’un réceptacle, un magasin dans lequel s’écoulent les produits élaborés dans les cellules à chlorophylle de la feuille. Quand celle-ci pâtit, jaunit, se dessèche, meurt et tombe, l’usine qui fabrique le sucre, l’albumine, les acides est arrêtée ; le magasin reste vide, le fruit ne mûrit pas ; la récolte est perdue.

En 1888, j’ai encore vu dans la Haute-Italie, en remontant la