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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/865

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méthode employée successivement par Woodward, Hales, puis plus récemment par sir J.-B. Lawes et par M. Hellriegel, conduit à des résultats étonnans. Pendant le temps qu’une plante herbacée, — blé, orge, avoine, — élabore dans ses organes aériens 1 gramme de matière sèche, elle évapore de 250 à 300 grammes d’eau ; quand on recueille sur un hectare 30 quintaux métriques de blé et 60 quintaux métriques de paille, ce qui correspondrait à environ 8,000 kilogrammes de matière sèche, il a circulé dans les tissus du froment de 2,000 à 2,400 mètres cubes d’eau ; ce qui représente pour un hectare une couche d’eau de 200 à 240 millimètres de hauteur.

Aux environs de Paris, il tombe annuellement 500 millimètres d’eau, mais une fraction importante arrive au sol en automne ou en hiver, quand le blé n’est pas encore semé ou que l’abaissement de la température arrête sa croissance, et si la terre ne conservait pas une partie de l’eau tombée pendant la mauvaise saison, les pluies de printemps et d’été seraient insuffisantes pour assurer des récoltes abondantes. La machine végétale ne fonctionne régulièrement qu’autant que les racines puisent dans le sol une quantité d’eau suffisante pour que la feuille reste toujours gorgée de liquide ; si l’arrivée de l’eau se ralentit, la plante présente un aspect particulier, elle baisse la tête, les feuilles deviennent flasques, molles, elles se frisent, s’aplatissent sur le sol ; c’est là ce qu’on observe très souvent après une journée d’été où le soleil a brillé de tout son éclat. Dans une année normale, une nuit suffit pour que le mal soit réparé : l’évaporation s’arrête aussitôt que le soleil a disparu, la racine, au contraire, fonctionne d’autant plus énergiquement que le froid de la nuit contracte les gaz contenus dans les vaisseaux, l’obstacle qu’ils opposent à l’arrivée de l’eau dans les parties aériennes s’amoindrit, les cellules se gorgent, les feuilles redeviennent droites, rigides, turgescentes, elles n’ont plus rien de l’attitude lassée de la veille.

Si donc la terre est humide, le dommage que cause l’évaporation excessive des brillantes journées d’été se répare pendant la nuit ; mais quand les réserves d’eau du sol deviennent insuffisantes pour compenser les pertes du jour, les plantes herbacées sont sérieusement atteintes. Les radiations solaires, n’étant plus employées à vaporiser de l’eau, échauffent les feuilles, qui se dessèchent, qui jaunissent ; les plus âgées sont les premières atteintes. Dans les champs de blé, tout le bas de la tige est déjà flétri quand la partie supérieure est encore verte ; si la dessiccation qui est nécessaire à la maturation est lente, graduelle, les principes élaborés par les feuilles émigrent vers les graines et la récolte est