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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/794

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avec leur ambassadeur. Mais elle entra (c’était déjà beaucoup) dans une phase d’irrésolutions, oscillant entre les deux partis à prendre. Dans les derniers jours de décembre, l’impératrice informa Gustave III qu’elle avait adressé à Londres « des représentations dont elle faisait bon augure, » et que si le résultat n’en était pas favorable, elle n’en partagerait pas moins les vues de la Suède et du Danemark « auxquelles elle applaudissait » de tout son pouvoir. Mais, dès le 2 février 1779, elle faisait un pas en arrière et tenait de son côté au Danemark lui-même un tout autre langage. Panine, tout en provoquant les confidences de Corberon et en lui répétant que le système du cabinet britannique était « absurde, » préparait et soumettait à Catherine un rapport absolument défavorable à notre politique (31 décembre 1778).

Il existe une légende très répandue qui rattache la célèbre déclaration de 1780 à je ne sais quelle intrigue ou quelle bataille de cour engagée entre le prince Potemkin et le comte Panine, dont l’issue aurait été à l’avantage de ce dernier, dépeint comme « l’ennemi de l’Angleterre. » Catherine II n’y aurait rien compris, ou plutôt elle aurait servi les desseins de Panine en se figurant qu’elle rendait un grand service aux Anglais ! Harris, très fin diplomate, a pourtant, plus qu’un autre, induit sur ce point l’Europe en erreur. Il conclut de quelques entretiens avec l’impératrice qu’elle avait traité cette grande affaire avec une légèreté toute féminine et n’arriva pas à se convaincre qu’elle s’était moquée de lui. C’est ce que de nouveaux documens établissent aujourd’hui d’une façon péremptoire : non-seulement Catherine a tout compris, mais elle a tout fait.

Quant à Panine, cet « ennemi de l’Angleterre, » il mettait, en décembre 1778, une ardeur remarquable à servir les intérêts britanniques. Non-seulement il écartait le contre-projet danois du 28 septembre auquel la Suède venait d’adhérer, mais il s’efforçait de prouver dans un long rapport que la liberté des mers était indifférente à la Russie. Après avoir exprimé la crainte que la marine suédoise ne cherchât l’occasion d’une lutte avec les vaisseaux de guerre ou les corsaires anglais, il observait que « la chute de l’Angleterre ne pouvait être indifférente à la Russie, tant à cause des intérêts de son commerce extérieur qu’en considération d’une saine politique. » — « Il ne faut pas, concluait-il, que les forces de la France, et, par suite, de la maison de Bourbon s’accroissent jusqu’à l’infini ; l’influence de Votre Majesté en Europe s’en trouverait amoindrie. » — On put croire une seconde fois, pendant quelques semaines, que l’Angleterre aurait gain de cause. Ce rapport fut, en effet, approuvé par Catherine et suivi d’une déclaration