Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/765

Cette page n’a pas encore été corrigée


empereurs Frédéric et Maximilien recherchèrent assurément, à partir de 1486, l’alliance d’Ivan III ; le premier demanda même en mariage, pour un de ses neveux, une des filles du grand-prince, lui proposant en outre de le nommer « roi de la Russie, » en vertu de son pouvoir impérial ; le second, quoiqu’il eût déjà promis d’épouser Anne de Bretagne, feignit d’accepter pour son propre-compte la main d’une autre princesse russe. C’est que des intérêts communs et pressans rapprochaient les deux peuples. L’un et l’autre avaient sur les bras, tantôt les Turcs, tantôt les Polonais et, quand Maximilien conclut en 1490 un premier traité d’alliance offensive et défensive, l’Autriche avait besoin de la Russie pour empêcher le roi de Pologne de fomenter les révoltes de la Hongrie, la Russie avait besoin de l’Autriche pour arracher au même roi le grand-duché de Kief et d’autres lambeaux du sol russe. Mais ce traité n’entra pas en vigueur, même quand il eut été renouvelé, vingt-sept ans plus tard, parce que Vassili, successeur d’Ivan III, ne jugea pas à propos d’abandonner une campagne entamée contre Sigismond de Pologne, pour déclarer la guerre aux Turcs, dans l’intérêt immédiat de l’Autriche, et l’on ne retrouve plus, dans les archives de Moscou, la moindre trace d’une négociation diplomatique entre les deux empires, jusqu’en 1572. De même, quoique l’ordre teutonique eût, au XIIIe siècle, bâti l’édifice naissant de la grandeur prussienne sur les ruines des communautés slaves riveraines de la Baltique, cette confrérie militaire, après avoir formé, dès le XIVe siècle, un plan de partage de la Pologne avec la Suède, l’Autriche et la Hongrie [1], s’aperçut un peu plus tard que la Russie pourrait, au besoin, l’aider contre les Polonais, ses plus dangereux adversaires, et cette pensée dicta le premier acte international qui ait été conclu entre la Prusse et la Russie, c’est-à-dire le traité d’alliance signé le 10 mars 1517 par le tsar, et par le « grand-maître de l’ordre de Prusse, » margrave de Brandebourg. En outre, l’empereur moscovite écrivit deux fois à notre roi François Ier (1518 et 1519), sur les instances du margrave, afin qu’il donnât toute l’assistance possible contre la Pologne. Mais, au demeurant, ce premier pacte n’aboutit qu’à une promesse de subsides et à quelques échanges de politesses. En outre, toutes les négociations diplomatiques directes entre la Prusse et la Russie paraissent avoir cessé dès l’année 1520. Il n’existe dans les archives de l’empire russe aucun document qui se rattache à des rapports formés entre ces deux États jusqu’en 1650, c’est-à-dire pendant une période de cent trente années.

  1. Voyez de Martens, Recueil des traités, t. V, p. 6.