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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/720

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jetée, lorsqu’on se heurte aux difficultés épineuses que nous oppose la Compagnie royale du Niger, — la troisième des sociétés britanniques dont j’ai parlé plus haut, — maîtresse, en fait, du cours inférieur de ce fleuve dont la navigation doit, diplomatiquement, demeurer libre à toutes les puissances ? Cette association, dont les procédés suscitent même les réclamations des négocians anglais, menaçait, il y a peu de temps, la mission française du lieutenant Mizon, qu’elle tenait bloquée dans la Bénoué, de « la capturer et de la détruire, » uniquement parce que notre compatriote avait signé avec le sultan de Mouri un traité par lequel ce chef se plaçait sous le protectorat français. La Compagnie anglaise prétend avoir signé antérieurement, avec le même petit potentat, un traité semblable, mais elle ne le montre pas ; et notre gouvernement, jusqu’à preuve contraire, est fort excusable de croire que les rapports de la Royal Niger Company avec le sultan dont il s’agit s’étaient bornés à lui incendier, il y a deux ans, sa capitale.

Qu’une société omnipotente comme celle du Niger, qui règne sur un territoire d’environ 500,000 lieues carrées, soit portée à excéder les droits qu’elle tient de sa charte, il n’y a là rien de surprenant, ni qui doive nous détourner de confier à des sociétés françaises analogues des pouvoirs aussi étendus. Depuis plus de deux ans, un projet, émanant du gouvernement, a tracé le programme de ce que pourrait être une association de ce genre. Le cadre existe donc ; il ne s’agit que d’y mettre quelque chose. Le comité de l’Afrique française a noblement ouvert les voies de l’initiative privée ; qu’il se transforme ou qu’il demeure sous sa forme actuelle, c’est, semble-t-il, sous son inspiration que l’on peut espérer voir faire à cette question un pas décisif.

Dans cette Afrique où France et Angleterre rêvent l’une et l’autre, pour le bien de la civilisation, la première place, où l’on se battra et où l’on vendra longtemps encore les peaux d’ours que l’on n’aura ni tués, ni tirés, ni même aperçus, il est une colonie qui peut se promettre une vie plus pacifique que toutes ses voisines, si elle profite de la neutralité dont l’Europe a doté sa mère patrie dans son berceau : c’est le Congo belge, le plus grand État africain, né de la plus petite puissance européenne. Car le Congo est maintenant terre nationale belge et non plus domaine royal du souverain, comme jusqu’à ce jour ; la nouvelle constitution, récemment promulguée, permettant à la Belgique d’acquérir des colonies.

Au parchemin sur lequel est écrit le texte de cette constitution révisée, maintenant déposé aux archives de l’État, le roi Léopold a joint un pli scellé qui ne doit être ouvert qu’après sa mort et, au plus tôt, à la fin de 1894. Le contenu ignoré de ce pli a mis en branle les imaginations des nouvellistes ; ils affirment que ce document, écrit de la main du roi, comprend treize pages, ni plus ni moins. Il est curieux