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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/718

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et de sacrifice comptaient toujours parmi les privilèges de notre race. Mais si nous avons devancé nos rivaux dans l’œuvre d’exploration, dans la mainmise sur ces territoires que la nature des choses et le droit des gens attribuent aux plus pressés, aux plus tôt venus ; si nous avons conquis ce Soudan occidental, destiné à se relier, au nord, avec l’Algérie et la Tunisie sur la Méditerranée, à l’ouest, avec le Sénégal, la côte d’Ivoire, le Dahomey et le Congo, sur l’Atlantique, il faut reconnaître que ces régions sont seulement françaises de droit et non de fait.

Il ne suffit pas de planter là-bas notre drapeau ; il faut y planter autre chose. A l’œuvre de la conquête doit succéder le travail d’exploitation. L’opinion du pays est à cet égard unanime. Nous ne sommes plus au temps de Voltaire où il était de bon goût de plaisanter les « quelques arpens de neige » du Canada. Nos colonies nous coûtent, à l’heure actuelle, 65 millions par an, déduction faite des frais de l’administration pénitentiaire, qui ne sont pas, à vrai parler, des dépenses coloniales. De cette somme, il faut retrancher environ 30 millions perçus par la douane française sur les marchandises importées par les colonies dans la métropole. Le découvert est donc seulement d’une trentaine de millions. Mais quel est en retour, disait à la chambre le très compétent et très distingué rapporteur du budget colonial de 1894. M. Charles Roux, le mouvement économique de nos colonies, pour ne parler que des chiffres et laissant de côté les avantages politiques et moraux qu’il est impossible de calculer ? « L’Algérie, la Tunisie et Madagascar exceptés, la valeur des importations et des exportations s’est élevée, en 1892, à un total d’environ 430 millions, sur lesquels la part de la métropole a été de 260 millions, et la part de transport par pavillon français de 252 millions de francs. »

Cependant il y a lieu de remarquer que nos établissemens principaux, ou, pour mieux dire, ceux qui paraissent devoir être les plus productifs, en sont encore à la période d’organisation. L’Angleterre, au contraire, qui a comme nous en Afrique, outre sa colonie ancienne du Cap, trois colonies nouvelles : l’une à l’est, sur l’Océan-Indien, de l’Abyssinie au Victoria-Nyanza ; l’autre au sud, dans la Zambézie, à l’intérieur des terres ; la troisième à l’ouest, sur le Bas-Niger, entre le Dahomey et le Cameroun, l’Angleterre a su créer dans chacune d’elles une puissante société privée de colonisation, investie de pouvoirs souverains, disposant de ressources considérables, et ayant à sa tête des personnalités appartenant au monde politique, à l’industrie, à l’aristocratie britannique. De ces trois compagnies, quoiqu’elles aient à lutter contre les difficultés de début des entreprises de ce genre, il en est qui distribuent déjà des dividendes à leurs actionnaires.

Elles sont très audacieuses, très agissantes : la compagnie Sud-Afri-