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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/715

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atteint par le chômage ; mais l’examen du budget des autres mines fournit des résultats à peu près identiques. Peu importerait, du reste, qu’il en fût autrement, et que la proportion des salaires aux dividendes fût ailleurs plus favorable aux seconds. Ce ne sont pas des argumens tirés du plus ou moins de prospérité des industries qui peuvent les mettre dans leur tort ou créer leur bon droit, dans leurs résistances aux réclamations ouvrières ; prouvassent-ils ne rien gagner et se ruiner même, les patrons seraient mal venus à demander à leurs employés de travailler pour rien ou pour un prix dérisoire : ces derniers les quitteraient immédiatement, parce qu’ils n’entendent pas courir de risques et qu’ils veulent un gain certain. Du moment que le capital supporte seul toutes les chances de perte, il est impossible de lui enlever ses chances de profit ; sinon on le décourage et il se retire.

Prenons par exemple le conseil municipal de Paris, imbu des doctrines chères à M. Basly ; il a de grosses affaires à traiter avec les capitalistes et de grands travaux à faire exécuter par eux : tel est ce chemin de fer métropolitain, depuis longtemps réclamé, d’une utilité évidente, particulièrement pour la classe ouvrière qu’il rapprocherait de son travail, tout en lui permettant de se loger plus loin du centre. Les élus de Paris, dans le cahier des charges qu’ils ont rédigé, ont pris des précautions si minutieuses pour empêcher les actionnaires futurs de s’enrichir, que, l’on en peut être certain, l’infâme capital ne sera en mesure de faire, dans cette exploitation, que des profits tout à fait insignifians ; et l’on doit même espérer qu’il n’en réalisera aucun. Voilà qui est parfait ; seulement on ne trouve pas de soumissionnaire, et le chemin de fer demeure à l’état de projet.

Un grand argument des promoteurs de la grève minière du Nord est tiré de la comparaison du cours actuel des actions et du revenu qu’elles procurent, avec le taux de leur émission primitive. Ce n’est pas la première fois qu’une statistique de ce genre est armée en guerre ; on s’en était servi lors de la grève de la Compagnie des omnibus, et nous devons nous attendre à la voir reparaître assez souvent dans l’avenir, On pourrait répondre que si telle action, émise au prix de 1,000 francs en vaut 20,000, il est vraisemblable qu’un certain nombre des actionnaires actuels ont acheté leurs titres à des cours peu différens de ceux d’aujourd’hui, ou même à des cours plus hauts ; ce qui est le cas d’Anzin, monté, dans les vingt dernières années, à 12,000 francs, pour retomber à 2,000 et se relever à 5,000 francs seulement. On pourrait objecter aussi que telle mine, maintenant prospère, est restée longtemps sans donner un centime de bénéfice, que beaucoup de charbonnages, dont il n’est point parlé et dont le capital est perdu, ont sombré misérablement. Il en est de même dans toutes les industries : si l’on dressait chaque année le bilan des entreprises privées, heureuses ou