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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/696

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la Convention, et qu’il sut en même temps que la liberté était rendue à son père et à tous les siens.

… Après tant d’angoisses et de tortures, l’âme avait besoin de se dilater, et le ciel se trouvait avoir fait tout exprès la nièce de mon hôtesse pour favoriser cette dilatation. La chère fille me cachant mal ou même ne me cachant pas sa bienveillance, nous marchâmes assez vite dans la route des préliminaires.

Christine, dans l’éclat et la fraîcheur de ses vingt ans, était aussi drôle que spirituelle, aussi appétissante que jolie. Elle avait d’ailleurs pour moi une véritable exaltation, et, grâce à sa gaîté, à ses saillies qui substituaient la variété à la monotonie, tout avec elle, jusqu’aux entr’actes, était charmant : « Savez-vous bien, me dit-elle un jour, si tant est que ce fut un jour, que ma tante ne cesse de s’extasier sur ce que, depuis quinze jours qu’elle a fait changer vos draps, on dirait que personne n’y a couché ? Elle répète que vous êtes l’homme le plus propre qu’elle ait jamais vu. » Or, il advint que cette tante, voulant me faire un compliment à moi-même, profita d’un moment où j’étais seul avec elle et sa nièce. Je pris mon air sérieux pour la fortifier dans son erreur et j’affirmai que, dormant d’un sommeil très profond, je n’avais pas l’occasion de friper mes draps, puisque je ne bougeais pas. Christine ne put retenir un petit rire, et sa tante, croyant à une intention moqueuse, ajouta : « Je n’en dirai pas autant des tiens, que, sans luxe, on changerait tous les huit jours. — Ah ! repris-je, Mlle Christine est si vive ! — A la bonne heure ; mais ce n’est pas une raison pour ricaner quand il s’agit de vous. » La naïveté de cette chère tante nous rendit très malaisée la nécessité de garder notre sérieux…

Après cet intermède trop court à son gré, nommé commandant au deuxième bataillon de tirailleurs, Thiébault, en cette qualité, prit part à la conquête de la Hollande. Il se distingua à l’attaque du fort Saint-André, le 20 frimaire, et à celle des lignes de Bréda. Tous ces brillans faits d’armes accomplis, il put enfin rentrer à Paris et revoir son père.

Cependant il ne pouvait se résoudre à rejoindre en Vendée son régiment pour faire une guerre fratricide, et il obtint du général Duvigneau, chef de l’état-major général de l’intérieur, de rester à la suite de l’état-major.

C’est à ce camp de Marly que je fis la connaissance de Murat, alors chef d’escadrons au 21e régiment de chasseurs à cheval, dont je reparlerai davantage. Je me rappelle que ce pauvre Murat, mécontent de sa