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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/665

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précautions le furent. Nous arrivâmes à Helmstedt sans mésaventure et n’ayant rencontré qu’un chariot dans lequel se trouvaient deux hommes, deux autres hommes à pied, et un grand chêne isolé tout en feu.

D’Helmstedt, une chaussée magnifique, qui au milieu des sables de ces contrées formait une opposition marquante, nous conduisit à Brunswick.

Ainsi que je l’ai dit, j’y retrouvai le prince Serge, et j’allai voir avec lui les trois palais principaux de cette ancienne capitale, celui du duc, celui de la princesse douairière et celui de la princesse de Loos : le premier était un grand bâtiment fort insignifiant, le deuxième une maison plus qu’ordinaire, à l’extérieur de laquelle on voyait toutes les poutres ; le troisième enfin, une misérable baraque n’ayant que deux chambres habitables, dont les fenêtres n’avaient que des carreaux de vitres à six fenins (pfennigs) la pièce, et dont la porte cochère était pourrie au point qu’on voyait le jour à travers et qu’on ne savait plus comment l’ouvrir. Ce contraste de rang et d’indigence, d’orgueil et d’abaissement me fit une impression profonde.

Le surlendemain de notre départ de Brunswick, nous arrivâmes à Oldendorf, après avoir marché plusieurs heures au milieu de montagnes et de rochers, contre lesquels nous brisâmes le second marchepied de notre voiture ; le premier l’avait été contre les remparts de Magdebourg.

En nous rendant d’Oldendorf à Opinau, nous traversâmes la plaine de Minden, plaine de deux à trois lieues, sans un mouvement de terrain, sans un arbrisseau. Rien n’est triste comme ce pays ; on dirait que le sang français a achevé de faire maudire cette terre. Les villages qui précèdent ou suivent cette plaine sont hideux ; la plupart des maisons qui les composent n’ont ni portes ni fenêtres et consistent en espèces de cahutes à la sauvage, ouvertes sur le haut pour donner passage à la fumée, ayant le foyer au milieu et servant aux maîtres, aux valets, aux enfans et aux bestiaux, couchés pêle-mêle sur la même paille ou le même fumier. En passant à Minden, nous achetâmes un morceau de « pompernickel, » pain noir et compact, qui se conserverait un an, que sur un billot l’on coupe à coups de hache et dont les chevaux mangent ainsi que les gens en mangeaient alors. Mais croirait-on qu’à Paris où nous en emportâmes un morceau, il se trouva des gens qui, grâce à la nouveauté, le trouvèrent excellent, quoiqu’il fût exécrable ?

Deux souvenirs se rattachent à Munster : d’abord la manière admirable dont cette ville est pavée, ensuite une très belle musique, dite des Janissaires, qui d’heure en heure parcourait toutes les rues. Enfin, le douzième jour de notre départ, nous arrivâmes à Wesel, où nous