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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/589

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présentent les forêts des uns et des autres. Depuis trente ans, on a mis en valeur 3,500 hectares de friches qui ont accru d’un million au moins la fortune publique, mais les défrichemens, jadis très nombreux, deviennent à peu près nuls en Haute-Saône, et les souffrances de l’agriculture, l’abaissement du taux de l’intérêt expliquent assez ce double résultat. D’ailleurs, la forêt comtoise n’a pas laissé de souffrir, au moins dans une certaine mesure, de la crise agricole, et la baisse a eu de nombreuses causes : concurrence étrangère, importation des sapins de Norvège, des feuillus d’Autriche et d’Amérique, substitution du fer au bois comme pièce de charpente dans les constructions, invasion croissante du coke et de la houille comme combustible, emploi du gaz dans les villes comme moyen de chauffage. Mais de toutes les propriétés, la forêt est celle qui requiert le moins de soins, qui supporte le mieux les crises du sol, apporte le plus régulièrement son contingent au budget et se prête aux combinaisons favorables pour la vente ; le bois peut attendre sur pied, les produits des cultures agricoles ne le peuvent. Voilà pourquoi elle se maintient, gagne même du terrain, heureusement pour la France, qui sous ce rapport tombe, vis-à-vis des autres peuples, dans un état d’infériorité que dénonce une énorme importation ; elle ne saurait se suffire, et d’autre part, la production extérieure surmenée ne pourra se soutenir indéfiniment : il faut donc préparer l’avenir. La forêt demande peu de sol, tout pays lui convient, car elle améliore par ses nombreux débris le fond qui la porte ; et nous avons tant de terrains impropres à l’agriculture en vertu de leur structure géologique, de leur composition minéralogique ou de leur situation accidentée ! Aussi les populations vont-elles d’instinct vers elle, elles l’aiment, la respectent, y trouvent un travail lucratif, la regardent comme un objet de première nécessité.


XV. — L’HORLOGERIE EN FRANCHE-COMTÉ.


Quelques tentatives vigoureuses, les tisseranderies et draperies installées par la reine Jeanne à Gray, celles d’Arinthod et d’Orgelet, des mines de fer exploitées à Fretigney par les Cisterciens de la Charité, les papeteries du chapitre métropolitain, les forges du pays de Jougne, des façonneries de drap de laine et de soie à Besançon, puis l’invasion suédoise, allemande, française qui, au XVIIe siècle, arrête, met presque à néant ces premiers efforts, ensuite une renaissance partielle qu’attestent une meilleure administration des salines et des forêts, la création de l’industrie des fers, quelques tréfileries, des fabriques de droguet, toiles et draps de qualité inférieure, de nombreux moulins à papier, les tailleries de