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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/565

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LA CHIMIE DANS L’ANTIQUITÉ.

pour le travail des perles et des pierres précieuses artificielles, formules similaires avec celles des alchimistes grecs : Zosime y est même cité. Il y a aussi un petit traité de l’art du verrier, indiquant les procédés pour teindre le verre en couleurs verte, rouge, noire, bleu, jaune citron, etc., et décrivant les fourneaux du verrier. La céramique et la fabrication du verre ont été toujours cultivées en Perse et en Orient.

Ces arts s’étaient d’ailleurs conservés parallèlement en Occident, car les mêmes sujets sont traités dans le manuscrit de Lucques du viiie siècle, qui renferme les Compositiones, et plus tard dans l’ouvrage du moine Théophile.

Ce n’est pas tout. Dans un autre passage, notre auteur arabe donne des formules pour les flèches incendiaires, les amorces, les pétards et artifices, recettes pareilles à celles du traité arabe de Hassan-al-Rammah, que nous possédons à la Bibliothèque de Paris : elles sont contemporaines des croisades. Le premier texte occidental qui reproduise des formules de ce genre, c’est celui de Marcus Græcus, compilation latine du xiiie sicèle, traduite de l’arabe. J’ai exposé dans la Revue, il y a deux ans, toute cette histoire, en montrant par quelle gradation les projectiles incendiaires des anciens sont devenus à Constantinople le feu grégeois, comment les Arabes ont révélé le secret de ce dernier, comment enfin ses transformations successives ont engendré la poudre à canon.

L’ouvrage arabe que je viens d’analyser peut être regardé comme un type des livres de chimie pratique de l’époque. Il fournit le tableau des matières et des opérations usitées chez les Arabes au xiiie siècle. Or ces matières, ces opérations sont précisément les mêmes que nous rencontrons dans les traités latins indiqués comme traduits de l’arabe au cours du xiiie siècle. Tel est, par exemple, le traité de Bubacar, dans le manuscrit 6514 de Paris, dont les descriptions sont semblables et même moins systématiques, n’étant pas assujetties à reproduire perpétuellement le nombre cabalistique sept. Ce traité comprend pareillement la description des substances, partagées en métaux, esprits et pierres, celle des vitriols, aluns, sels, fondans ; puis viennent les appareils et les opérations. Il y avait évidemment un plan général commun à tous les traités de chimie, alors comme aujourd’hui. On trouve ce plan suivi dans l’alchimie latine d’Avicenne et dans une alchimie attribuée tantôt à Rasès, tantôt au pseudo Aristote. Vincent de Beauvais reproduit aussi la plupart de ces faits, en grande partie en copiant les articles de l’alchimie latine d’Avicenne.

Nous devons nous arrêter maintenant à un ordre de composés, non mentionnés jusqu’ici dans le présent article et qui allaient