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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/561

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LA CHIMIE DANS L’ANTIQUITÉ.

humaine dont les alchimistes grecs invoquent l’autorité. Le pseudo Aristote et le pseudo Platon sont des alchimistes arabes ; les pseudo Raymond Lulle ont rempli les collections alchimiques latines de leurs œuvres, écrites du xive au xvie siècle. Mais la plupart de ces faussaires ont été démasqués de bonne heure. Le pseudo Démocrite était déjà suspect au temps d’Aulu-Gelle ; la fraude du pseudo Aristote était reconnue par Vincent de Beauvais. Les pseudo Raymond Lulle ont été percés à jour par M. Hauréau ; tandis que la réputation du pseudo Geber est demeurée incontestée pendant tout le moyen âge et jusqu’à l’époque présente. Cependant elle ne saurait résister, ni à l’examen attentif de ses œuvres latines, ni surtout à leur comparaison avec les écrits arabes du véritable Geber. Le nom de Geber, comme le nom de Raymond Lulle, a servi de couverture et de passe-partout à des auteurs divers et anonymes, qui ont mis sous son patronage autorisé des œuvres écrites au xive, au xve et au xvie siècle ; les éditeurs sans critique des livres alchimiques ont réuni aux xvie et xviie siècles tous ces traités, sous une attribution identique dans leurs collections imprimées. Quelques détails sont ici nécessaires pour bien établir ce point, qui touche au cœur de l’histoire de l’alchimie arabe.

Les principaux ouvrages latins attribués à Geber sont : la Somme, ou Traité de la fabrication parfaite du magistère, la Recherche de la perfection, la Découverte de la vérité, le Livre des fourneaux, le Testament de Geber, roi de l’Inde, et l’Alchimie de Geber ; on y a même ajouté par surcroît divers traités d’astronomie, composés en réalité par un homonyme de Séville, qui vécut au xive siècle. Parmi les ouvrages chimiques, les deux derniers sont beaucoup plus modernes que les autres, car ils décrivent des préparations telles que l’acide nitrique et l’eau régale, qui ne figurent pas dans la Somme, ni chez aucun auteur, avant le milieu du xive siècle. La Recherche de la perfection, la Découverte de la vérité, le Livre des fourneaux, ne sont autre chose que des extraits de la Somme, accrus par des additions postérieures. La Somme est donc à la fois l’œuvre capitale et l’œuvre la plus ancienne parmi ces apocryphes. Elle est rédigée avec une méthode, une logique, une précision inconnues du véritable Geber ; on y trouve, au contraire, cette forte influence exercée par la scolastique sur l’art d’écrire et de raisonner. « L’or est un corps métallique, jaune, pesant, non sonore, brillant.., malléable, fusible, résistant à l’épreuve de la coupellation et de la cémentation. D’après cette définition, on peut établir qu’un corps n’est point de l’or, s’il ne remplit pas les conditions positives de la définition et de ses différenciations. » Tout ceci est d’une fermeté de