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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/534

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de l’article en tête des cahiers, sans même consulter les deux ordres supérieurs. La nouvelle de cette décision produisit, dans le corps du clergé, une « émotion et un abattement » extraordinaires et mit la cour dans un embarras extrême.

Dans le clergé, les avis les plus divers se firent jour. Quoique l’opinion gallicane y eût des partisans, ils ne se sentaient pas en majorité et laissaient les ultramontains agir à leur guise. Ceux-ci étaient étranglés entre Rome, intraitable sur la doctrine, et le sentiment français si passionnément prononcé contre elle.

On essaya d’abord des voies de la conciliation. L’archevêque d’Aix, personnage sympathique, fut envoyé par le tiers pour lui demander sur le ton le plus doux, « avec des paroles de soie, » comme dit un contemporain, a que s’il se trouvait d’aventure, dans les cahiers du tiers, quelques articles qui concernassent la piété, la religion et la doctrine de la foi, ce corps voulût bien les communiquer à celui du clergé, versé en ces matières. » Il ne voulut pas en dire davantage. Mais Miron, président du tiers, feignant de ne pas comprendre un langage si réservé, lui répondit qu’il ne s’était encore présenté aucun article de cette sorte depuis qu’on délibérait.

Le clergé tenta une autre démarche par l’intermédiaire de la noblesse ; elle devait être et fut également infructueuse. Il revint alors directement à la charge, et ce fut l’un de ses plus éloquens prélats, Fenouillet, évêque de Montpellier, qui vint user, sur l’obstination du tiers, le fil de ses plus étincelantes métaphores. Mais il eut beau invoquer le « métal de Sparte » et « le temple de Salomon, » le « firmament » et « l’équinoxe, » les « furies » et les « flammes, » rien n’y fit. Le tiers restait immuable, aussi heureux de l’effet de sa manœuvre que persuadé de son bon droit.

Le clergé ne savait plus à quel saint se vouer. Duperron, indisposé, s’abstenait de paraître aux séances. Tout le monde pourtant sentait qu’il était l’homme de la situation, que lui seul avait une autorité suffisante pour se faire écouter dans le tumulte soulevé par l’incident.

Au bout de quinze jours, l’ardeur des vœux qui se tournaient vers lui finit par l’émouvoir. Il se rendit dans la chambre du clergé u qui l’attendait avec passion. » Il fut « supplié » d’agir et de parler au nom de son ordre. Il s’excusa « avec une grande affection, humilité et soumission » et insista « avec une grande ferveur » pour qu’on eût égard à diverses considérations qui l’empêchaient d’intervenir. Mais Sourdis, avec sa franchise brutale, lui représenta « qu’il ne pouvait refuser cette action à la compagnie qui l’en conjurait avec tant d’importunité [1]. »

  1. Procès-verbal du clergé.