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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/517

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allant quatre par quatre, par bailliages, portant, les uns, ceux qui étaient de justice, les robes longues, cornettes et bonnets carrés, les autres, ceux qui étaient de finance ou de robe courte, le manteau à mi-corps ouvert sur les côtés pour passer les bras et la toque ; tous, ils tenaient à la main un cierge de cire blanche, d’une demi-livre, que le maître des cérémonies avait fait distribuer, le matin, au nom du roi. « Les derniers étaient les premiers, » dit un témoin oculaire, car le rang le plus honorable est en arrière, le plus près possible du saint-sacrement.

Cette place était réservée aux députés de Paris, à MM. Desneux et Clapisson, échevins, Miron, alors prévôt des marchands qui marchait le dernier, seul, car il venait d’être désigné comme président du tiers-état. Ce jour-là, par égard pour la dignité à laquelle son ordre l’avait élevé, il avait quitté son habit mi-parti aux couleurs de la ville et avait revêtu le sévère costume noir des députés du tiers.

La noblesse venait ensuite en chapeau à l’espagnole et manteau de cour ; chaque membre richement vêtu et l’épée au côté ; puis les ecclésiastiques : d’abord, les simples députés séculiers et réguliers, quatre par quatre, en manteau, robe ou soutane, sans soie, tête nue, le bonnet carré à la main, laissant voir la couronne, et décorés seulement des insignes de chaque ordre de cléricature ; ensuite les évêques et archevêques, deux par deux, en habits violets, avec rochet, camail, bonnets, selon l’ordre de leur sacre ; enfin, éclatans dans leurs chapes d’écarlate et coiffés du chapeau romain, les trois cardinaux, Sourdis, La Rochefoucauld et Bonzy, précédant immédiatement le poêle de drap d’or sous lequel l’archevêque de Paris, entouré de son clergé, portait le saint-sacrement. Les quatre coins du dais étaient tenus par ce qu’il y avait de plus grand dans le royaume : le duc de Guise et le prince de Joinville, le prince de Condé et Monsieur, frère du roi.

Sous un autre dais, après le saint-sacrement, le jeune roi, morose et vêtu de blanc ; près de lui, la reine sa mère, en costume de veuve, épaisse et lourde dans ses voiles noirs, appuyée sur son premier écuyer, donnant la main à M. de Sillery, son chevalier d’honneur, la queue de sa mante portée par la marquise de Guercheville, sa dame d’honneur, ayant encore, derrière elle, le capitaine de ses gardes et l’élégant essaim des « filles de la reine. » Elle était accompagnée de « Madame, » cette délicate et fragile Elisabeth, fiancée au roi d’Espagne, lumineuse dans sa robe de toile d’argent ; de la reine Marguerite, qui acceptait, non sans un sourire ironique, la position singulière que lui faisait sa qualité de veuve d’un premier mariage, de Mme la princesse de Conti, de Mme de Guise mère,