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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/479

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Ce n’est pas avec les excédens de recettes qu’on y parviendra, quoique nos finances aient meilleur aspect qu’il y a six mois, que la décroissance dans le rendement des impôts et revenus indirects, qui avait signalé la première partie de l’année, paraisse enrayée. Il faudrait pour cela des coupes abondantes dans les chapitres de dépenses, dans ce chapitre des dépenses militaires qui nous écrasent nous et nos voisins. Et le moment serait mal choisi tandis que l’Allemagne augmente les siennes, que Guillaume II préside aux manœuvres de l’armée impériale, en Lorraine. L’Europe nous rendra cette justice que l’opinion publique, de ce côté-ci des Vosges, a assisté avec une dignité impassible à ce déploiement de forces sur nos frontières de l’Est, qu’elle n’a nullement manifesté les sentimens de patriotique tristesse que lui faisait éprouver cette première visite, obligatoirement triomphale, de l’empereur allemand aux populations de langue française des provinces annexées.

Nous trouvons précisément, il est vrai, par un hasard heureux, si c’est un hasard, une honorable compensation à ces démonstrations militaires, dans la visite de l’escadre russe à Toulon, officiellement annoncée pour le milieu du mois prochain. L’escadre qui viendra mouiller en rade de notre grand port militaire du Midi, sous le commandement de l’amiral Avelane, pour rendre à la marine française sa visite de Cronstadt, se composera de 5 ou 6 navires, qui constitueront sans doute à l’avenir une station navale permanente dans la Méditerranée. En recevant les marins russes en France, nous ne pouvons rester au-dessous de ce qui fut fait en Russie pour les marins français, de l’accueil que notre pavillon, nos armes, notre hymne national, ont reçu du tsar. La présence du président de la république, qui se rendra à Toulon pour y recevoir l’escadre russe, et les fêtes, tant officielles que privées, que l’on organise dans cette ville et à Paris en l’honneur de nos hôtes, témoigneront de la cordialité de nos sentimens et affirmeront à nouveau, comme contrepoids nécessaire à la triple alliance, l’existence d’une grande force pacifique par l’amitié réciproque de la France et de la Russie.

Non moins que la France en effet, la Russie désire la paix ; elle en a donné maintes preuves depuis dix ans ; elle vient d’en donner une nouvelle dans les efforts qu’elle a faits pour maintenir ses bons rapports commerciaux avec l’Allemagne, et pour éviter la guerre de tarifs qui se poursuit depuis six semaines entre les deux pays. On ne s’est pas lancé le cœur léger, à Saint-Pétersbourg, dans cette aventure douanière ; depuis huit mois on se préoccupait de la situation qui résulterait d’un défaut d’entente avec Berlin. Depuis le 1er février 1892, la presque totalité du monde profite en Allemagne du tarif en cours, au détriment des exportations russes. Cependant le traité de commerce austro-allemand donnait à la Russie le droit de réclamer, à son tour, des concessions analogues à celles que l’Autriche, moyennant