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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/439

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confondue avec l’infâme esclavage, souffre aujourd’hui encore d’un préjugé funeste. L’avilissement du prix du sucre, dû à la betterave, a nécessairement eu une répercussion sur le taux des salaires qui n’a pu suivre une progression en rapport avec les besoins nouveaux de tout un peuple, né le même jour à la vie civile et à la vie politique. Où trouver des bras ? On en a demandé à l’Inde qui en a donné d’actifs, mais de débiles, et qui n’en donne plus. La Chine ou l’Indo-Chine en pourraient fournir de plus vigoureux, mais au prix de quels sacrifices ! Il n’importe ; il faut des bras !

Une vingtaine d’usines à la Martinique, à peu près autant à la Guadeloupe, centralisent la fabrication du sucre. Avec les cannes récoltées sur leurs habitations (l’habitation, c’est le domaine aux Antilles), elles traitent celles que leur apportent les moyens et les petits planteurs. Il existe pourtant un grand nombre de petites sucreries sur les habitations auxquelles leur éloignement et l’insuffisance des voies et des moyens de transport ne permettent pas d’amener les cannes à l’usine, mais elles font un sucre moins pur que celui des grands établissemens où les progrès du machinisme et ceux de la chimie concourent à accroître tous les jours et la production et la qualité des produits. Dans les usines, le sucre obtenu représente de 8 à 9 pour 100 du poids des cannes traitées ; dans les petites sucreries, il ne représente plus que 6 pour 100.

L’impôt pèse lourdement sur l’industrie sucrière. Elle est assujettie à un droit de sortie élevé, en représentation de l’impôt foncier. Calculé sur le prix du sucre, il y a trente ans, ce droit aurait dû subir depuis une diminution proportionnée à celle de la valeur de la denrée qu’il frappait. Une entente des plus heureuses vient de s’établir, à la Guadeloupe, entre les usiniers et les planteurs de canne, en vue d’obtenir et de partager un dégrèvement prescrit par la plus stricte équité.

Le plus clair des ressources du budget de la colonie, à la Martinique et à la Guadeloupe, provient de la canne à sucre. A ménager l’agriculture et l’industrie, on gagnerait certainement de voir la production se développer et la situation morale et matérielle des cultivateurs s’améliorer peu à peu. C’est qu’ils sont très gros, ces budgets de la Martinique et de la Guadeloupe ; ils oscillent entre 5, 6 et 7 millions. Pour des populations qui n’atteignent pas 200,000 âmes, c’est beaucoup.

Voici ce que demande, à cette heure, l’industrie sucrière : une diminution des charges locales, une amélioration du régime des prêts hypothécaires que la convention de 1863, conclue au nom des colonies avec le Crédit foncier, a rendus excessivement onéreux, une