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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/434

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traditionnels de Pénélope, de Lucrèce, de Virginie, de la mère des Gracques. Aussi l’instruction de la femme, tout en la rendant apte aux professions qui sont en rapport avec les capacités et avec la dignité de son sexe, devrait-elle la préparer avant tout à la vie domestique, à son rôle d’épouse, de mère et d’éducatrice. Il faudrait initier la femme, d’une manière générale, à ce qui constitue le patrimoine intellectuel et moral de l’espèce. C’est surtout pour les femmes que les études devraient être, au sens propre du mot, des « humanités. » Par conséquent la morale, l’éducation, l’hygiène, la littérature, l’histoire, le droit usuel, la musique et le dessin, enfin les grands résultats des sciences joints à leurs applications professionnelles les plus utiles, voilà ce qui répond le mieux à leur tempérament comme à leurs fonctions.

De même que l’instruction des femmes aurait besoin d’être mieux organisée pour épargner à la fois l’ignorance aux unes et une érudition stérile aux autres, de même la condition économique et juridique de la femme est loin de ce qu’elle doit être, de ce qu’elle sera un jour. Nous ne pouvons ici entrer dans le détail de réformes qui soulèvent les plus difficiles problèmes : nous n’avons voulu que poser des principes généraux, dont on ne doit pas tirer précipitamment d’aventureuses conséquences [1]. Dans l’ordre économique, la femme a commencé par être la propriété de l’homme, une sorte d’animal domestique : le Décalogue lui-même la place à côté du bœuf et de l’âne. Aujourd’hui, c’est le régime de la concurrence individuelle qui commence à s’établir entre les sexes, comme il s’est établi entre les individus : chacun pour soi. La lutte pour la vie met aux prises les hommes et les femmes, qui se disputent avec une âpreté croissante toutes les professions. Sans doute on ne peut pas créer, au détriment des femmes, un nouveau délit, celui de travail. Il y aurait d’ailleurs des forces perdues pour l’humanité si la femme ne travaillait ni d’esprit, ni de corps. Mais il faut que ces forces soient employées d’une manière conforme aux intérêts et aux relations naturelles des deux sexes, ainsi qu’aux intérêts des enfans et de la race. Nous ne croyons pas que notre régime d’individualisme dissolvant, contraire aux vrais besoins de la famille et de la société, doive être le dernier. Si la coopération et l’association doivent de plus en plus triompher, c’est surtout, semble-t-il, dans les rapports de l’homme et de la femme. Après avoir revendiqué l’égalité des sexes et leur libre concurrence, transition nécessaire à un régime supérieur, espérons que

  1. Pour comprendre combien la lenteur et la précaution sont ici nécessaires, voyez où aboutissent dans la pratique M. Secrétan et M. Frank, qui, selon nous, passent beaucoup trop vite de principes mal assurés scientifiquement à des applications peu justifiées.