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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/433

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de fonctions. Les deux sexes, dans leur diversité nécessaire, sont dépendans l’un de l’autre et se valent l’un l’autre : voilà le vrai. Si, en moyenne, l’un a plus de puissance physique et intellectuelle, l’autre a plus de bonté ; généralement, a-t-on dit, l’homme vaut plus et la femme vaut mieux. Le mépris de la femme est donc lui-même ce qu’il y a de plus méprisable. Et quoi de moins rationnel ? L’oxygène dédaigne-t-il l’hydrogène, auquel il s’unit pour former l’eau ? Le rouge du spectre dédaigne-t-il le vert, avec lequel il se fond dans la lumière blanche ? Quant à la complète identification sociale et politique d’un sexe à l’autre, c’est un excès en sens contraire. Voltaire a dit :

Qui n’a pas l’esprit de son âge,
De son âge a tout le malheur.

Il faut également avoir l’esprit de son sexe pour n’en pas avoir tout le malheur. Ici encore la physiologie nous éclaire. Les individus auxquels on a enlevé les organes de leur sexe en perdent les qualités propres et se ressemblent dans le même avilissement de l’espèce. Il en serait ainsi dans l’ordre social et politique, si les femmes voulaient se faire hommes. Une maîtresse anarchiste, dans une école de filles près de Saint-Pétersbourg, estimant que la prépondérance des « élémens émotionnels » chez les femmes constitue pour elles un désavantage, « une entrave à leur complète identité sociale et politique avec l’homme, » avait résolu de supprimer ce trait du tempérament féminin et de vivre une vie libre de ses conséquences : c’est pourquoi elle prescrivait à ses élèves de ne pas se marier. Malheureusement pour le système, — et heureusement pour l’humanité, — l’entreprise d’émousser la sensibilité féminine, héritage d’innombrables générations humaines et même animales, exigerait un nombre proportionnel de générations ; or, pendant ce temps-là, les femmes seraient toujours obligées d’être, sinon épouses, au moins mères ; ce qui les enferme (et nous avec elles) dans le plus secourable des cercles vicieux.

Que les femmes cessent de se donner, autant que les nécessités de la vie le leur permettent, à leur mari, à leurs enfans, à leur maison, vous verrez bientôt des générations sans moralité, l’amour redescendu à l’état d’une satisfaction brutale des sens, le mariage déprécié pour les soins qu’il impose à la femme, la séduction et la prostitution généralisées, avec leur cortège ordinaire d’avortemens, d’infanticides, d’enfans abandonnés. La femme a toujours été l’héroïne de la famille, et, tant qu’elle sera mère, ce sera toujours là le principal centre de son rayonnement. Qu’on songe aux types