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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/325

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LA CHIMIE DANS L’ANTIQUITÉ.

Ces idées et ces tentatives semblaient d’ailleurs confirmées par les pratiques métallurgiques usitées dans la fabrication des autres métaux. Le fer, le cuivre, le plomb, l’étain, l’argent même, ne préexistent point dans la nature, sauf dans des minéraux exceptionnels ; ils s’y trouvent d’ordinaire à l’état de composés oxydés ou sulfurés, et ce sont en réalité des produits engendrés par l’art humain. En effet, c’est en soumettant les derniers composés à des réactions plus ou moins compliquées, où interviennent le feu, les agens combustibles, la cuisson, le grillage au contact de l’air, que l’on prépare les divers métaux. Ces préparations étaient accomplies autrefois, en vertu d’un empirisme traditionnel dont les origines se perdent dans la nuit des âges. Depuis un siècle à peine, les chimistes ont réussi à s’en rendre compte et à les perfectionner, à l’aide de notions plus précises, fondées sur les théories de la science moderne. Notre temps d’ailleurs assiste à une transformation plus radicale encore dans la métallurgie, par suite des découvertes de l’électrochimie. Mais dans l’antiquité tout reposait, je le répète, sur un empirisme, à peine dirigé par de vagues analogies.

Or, les métaux que les anciens obtenaient ainsi et mettaient en œuvre n’étaient pas toujours des métaux purs. Il existait pour eux une multitude de variétés de cuivre et de plomb. Par exemple, le plomb noir et le plomb blanc furent d’abord distingués : le premier était notre plomb moderne, le second est devenu notre étain ; mais ces noms s’appliquaient aussi à d’autres métaux et alliages, tels que l’antimoine, obtenu par le grillage et la réduction de son sulfure, dans certaines conditions décrites par Dioscoride ; de même quelques alliages d’argent, désignés à l’origine sous le nom grec de cassitéros, qui fut affecté plus tard à notre étain ; le stannum de Pline offre encore ce double sens.

Les alliages blancs, à surface brillante et peu altérable, avaient reçu un nom particulier, celui d’asem, ou argent égyptien, qui reparaît sans cesse chez les alchimistes grecs et se confond avec celui de l’argent sans titre défini (asémon) : ce nom était donné à des matières fort diverses, depuis l’étain pur jusqu’à l’électrum.

De même le métal désigné sous le nom de chalkos en grec, œs en latin, nom qui comprenait des espèces innombrables ; à tel point que nos traductions modernes emploient indifféremment les noms d’airain, de cuivre et même de bronze pour le représenter : mais ces traductions sont presque toujours incertaines et souvent inexactes. Le cuivre pur des modernes est trop mou pour servir à forger des armes ou des outils solides, et les noms grecs et latins expriment d’ordinaire des alliages. Aussi les anciens attribuaient-ils aux cuivres diverses couleurs, et ils en spécifiaient l’espèce par des adjectifs tirés soit de ces couleurs même, soit du