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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/318

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sauver, non-seulement l’humanité, mais l’ensemble des créatures. La ressemblance avec le déluge biblique est frappante et va dans les moindres détails. C’est la même indication des dimensions que doit avoir l’asile réservé au genre humain, la même manière d’y faire entrer les bêtes deux à deux, la même préoccupation d’en exclure les animaux impurs et difformes, ou du moins d’en restreindre autant que possible le nombre ; il n’y a pas jusqu’à l’oiseau Karshiptan, qui doit porter la religion de Mazda dans le Var fait par Yima, qui ne rappelle la colombe de l’arche de Noé. Et pourtant, je ne crois pas que le déluge de l’Avesta soit imité de celui de la Genèse. Depuis la découverte du récit chaldéen du déluge, il n’est plus permis de douter que le récit de la Genèse n’en ait été pris. La démonstration a été faite d’une façon complète. Le récit biblique est une réduction du récit chaldéen, dans laquelle on a supprimé la plupart des élémens mythologiques, diminué toutes les proportions, de façon à ne laisser qu’un récit passablement théorique, mais qui ne fait que mieux ressortir la grandeur de l’idée religieuse que le vieux narrateur jehoviste a introduite dans ce cadre. Ainsi, le récit du déluge biblique vient de la Chaldée, il ne vient pas de la Perse ; mais cela ne veut pas dire que le récit du Vendidad soit pris à la Genèse. Sans doute, certains traits que nous avons relevés pourraient y faire croire. Mais, à côté de ceux-là, il en est d’autres qui reproduisent presque mot pour mot le récit chaldéen du déluge et qui ne se trouvent pas dans la Bible. C’est ainsi qu’Ahura-Mazda ordonne à Yima de réunir dans l’arche « des germes d’homme et de femme, les plus grands, les plus beaux, les meilleurs qui soient sur toute la terre, des germes de toutes les espèces d’animaux et de toutes les plantes. » Voici maintenant le passage correspondant de la genèse chaldéenne :

« Tout ce que possédais, je le réunis ; tout ce que je possédais d’argent, je le réunis ; — tout ce que je possédais d’or, je le réunis ; — tout ce que je possédais de semences de vie de toute nature, je le réunis. — Je fis tout monter dans le vaisseau ; mes serviteurs mâles et femelles, — le bétail des champs, les animaux sauvages des campagnes et les fils du peuple, je les fis tous monter. »

La façon même dont est introduit le récit du déluge dans Y Avesta, où il est présenté comme une révélation d’Ormazd, qui raconte à Zoroastre l’histoire d’Yima, est plus éloignée du récit biblique que du récit chaldéen, dans lequel aussi c’est Hasisatra, le Xisuthrus de Bérose, le Noé chaldéen, qui révèle à Izdubar l’histoire de sa conservation et les délibérations des dieux. Nous croyons donc que le déluge de neige de l’Avesta est une forme très altérée de l’ancien récit chaldéen, enluminée de certaines touches bibliques peut-être, qui existait en Perse d’une façon indépendante, et avait longtemps