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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/314

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créatures. Et l’âme du juste lui demande : « Qui es-tu, vierge, la plus belle vierge que j’aie jamais vue ? » Et elle lui répond : « Jeune homme aux bonnes paroles, aux bonnes actions, à la bonne religion, je suis ta propre religion. »

Il y a, dans cette idée de l’homme, jugé par sa propre conduite, par la situation qu’il a prise vis-à-vis de la divinité, c’est-à-dire du bien ou du mal, un sentiment religieux très élevé et empreint du plus pur spiritualisme. Le châtiment du méchant consiste dans le spectacle de sa laideur morale, qui lui apparaît une fois qu’il est mort, voilà comment il faudrait traduire en langage moderne les images de la religion de l’Avesta. Ce n’est pas que les supplices soient absens de son enfer ; peu de religions ont eu un sentiment plus profond du mal qui pénètre la nature et l’ont accablé de plus de malédictions ; et pourtant, la note dominante de toute cette littérature sacrée est une grande douceur. C’est par la prière et par la sainteté que Zoroastre triomphe du génie du mal. Il y a, dans bien des pages de l’Avesta, un sentiment de la force de l’esprit et des réalités intangibles, qui exhale comme un parfum évangélique. « Les hymnes à vous chantés sans relâche procurent nourriture et vêtemens. » N’est-ce pas, en quelque mesure, la parole de Jésus : « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »


III

A quelle époque nous reporte tout cet ensemble de conceptions et d’idées, qui, par certains côtés, paraissent tenir à la plus ancienne mythologie indo-européenne, par d’autres, se rapprochent de systèmes religieux ou philosophiques beaucoup plus récens ? Autrefois, on n’hésitait pas à considérer l’Avesta comme l’œuvre de Zoroastre, dont la révolution religieuse aurait amené la séparation des tribus de l’Iran et de celles de l’Inde. Il a fallu beaucoup en rabattre. A mesure qu’on étudiait l’Avesta, on y trouvait des traces plus profondes d’influence grecque. Il s’est passé pour l’Iran un fait analogue à celui qui s’est passé pour la littérature védique. Après avoir considéré les Védas comme le plus ancien des livres, on est arrivé à y reconnaître une œuvre savante et réfléchie, d’où la rhétorique n’est pas absente, et qui n’est sans doute guère antérieure au temps d’Alexandre. M. Darmesteter va encore plus loin pour l’Avesta. Il saute par-dessus Alexandre, et en place la composition, soit après les événemens qui ont amené la chute de la domination grecque en Iran, aux environs de l’an 140