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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/311

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chants ou de prières, qui se terminent toutes par l’Ashem vohû, sorte d’hymne en l’honneur de la sainteté suprême :

« La sainteté est le bien suprême, et c’est aussi le bonheur. Bonheur à celui qui est saint de la Sainteté suprême ! »

Le mot de sainteté, qui revient à chaque page dans le Yasna, résume toutes les aspirations de la piété mazdéenne, de même que la pureté est au fond de toutes les prescriptions du Vendidad, ce code sacré qui rappelle par tant de côtés les lois mosaïques ; les deux idées sont étroitement liées, et la pureté n’est qu’une forme de la sainteté. En réalité, c’est la propreté qu’il faudrait dire, plutôt encore que la pureté. La propreté a été une des grandes préoccupations des religions orientales. L’impureté légale a toujours une cause physiologique ; chez les Juifs, presque toutes les lois ont une raison d’hygiène : le porc est immonde, parce qu’il est le véhicule de toutes les maladies. Dans l’Avesta, l’objet impur par excellence, c’est le cadavre, parce qu’il engendre la corruption et la peste. La purification a pour objet de chasser cette contagion, qui passe du mort au vivant. M. Darmesteter a éclairé d’une vive lumière les causes profondes de toutes les cérémonies dont les Persans entourent la mort. Elles se résument en deux mots : isoler le centre d’infection, détruire ce centre. Tandis que nous nous en remettons à la terre du soin de détruire les germes de corruption, dans le zoroastrisme, c’est souiller la terre et l’empoisonner. « Quand on enterre un cadavre, le génie de la terre, Spênta Armaiti, frissonne. » De là tous les soins pris pour isoler le corps, non-seulement des hommes, mais de la terre même ; de là ces fumigations qui détruisent le démon dans toutes les directions où le vent les porte. De là le transfert des corps sur des hauteurs isolées ou sur des tours spécialement construites. Les bêtes fauves et les oiseaux ont vite fait de dépouiller le corps des parties grasses, qui sont le siège principal de la corruption et de l’infection.

De là vient aussi la prohibition de jeter les cadavres à l’eau, crime puni de mort. L’élément fluide, en effet, est le siège et le conducteur principal de l’impureté. C’est par l’eau, diraient les modernes, que les microbes se communiquent : « le sec ne se mêle pas au sec, » dit le Vendidad. Le grand purificateur, c’est le feu. Seulement, par l’exagération d’un sentiment mystique, au lieu de l’employer à détruire le foyer de corruption, le Persan ne songe qu’à l’en écarter, et, perdu dans la contemplation de la flamme du feu sacré, il veille avec angoisse à sa pureté.

Toute la religion de l’Avesta est faite de ce mélange de préoccupations hygiéniques et de mysticisme ; derrière les phénomènes