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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/289

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rue de Jérusalem, dans l’intention de gagner le quai. Les soldats se mirent à me poursuivre, baïonnette en avant, et je n’eus d’autre ressource que de me réfugier dans une boutique, à l’extrémité de la rue. Ils voulurent briser la porte, mais les nombreux agens de la préfecture présens se jetèrent au-devant d’eux, leur persuadèrent de garder la porte, sans recourir à la violence, dont ils leur firent comprendre l’inutilité et le danger. Me voilà donc de nouveau prisonnier. Je restai près d’une heure ainsi bloqué. L’adjudant s’était présenté, muni des ordres du ministre de la guerre, qui enjoignait à la compagnie de rentrer à la caserne, mais son autorité avait été méconnue comme la mienne, on l’avait arrêté ; le tumulte ne prit fin que lorsqu’on apprit qu’un fort peloton de la garde impériale était en route pour la préfecture de police. Le lieutenant Beaumont prit alors le parti de se retirer avec sa compagnie et cessa ainsi une résistance qui ne lui en a pas moins coûté la vie.

Sur les ordres du général Malet, le chef de cohorte Soulier, parti pour occuper l’Hôtel de Ville, n’arriva qu’à sept heures et demie ; il fit stationner sa troupe sur la place, monta pour signifier au préfet les ordres dont il était chargé ; mais celui-ci avait couché à sa maison de campagne. Soulier ne put parler qu’à un des employés qui, sachant que le préfet devait être en route, envoya au-devant de lui pour hâter sa marche, et lui annoncer la mort de l’empereur par un petit mot au crayon : Fuit imperator. M. Frochot arriva à cheval à huit heures ; la nouvelle l’avait mis hors de lui, tout ce qu’on lui apprit augmenta son trouble : ainsi il sut que le ministre de la police était venu, sans savoir que ce ministre était Lahorie, que le duc de Rovigo était en prison. On lui parla d’un ordre pour arrêter un de ses employés nommé Lapierre qu’il aimait beaucoup. Enfin, il reçut la visite d’un médecin attaché au duc de Rovigo qui venait, de la part de la duchesse au désespoir, lui demander où était son mari. Ce désespoir, aux yeux de M. Frochot, était motivé par la mort de l’empereur ; il y vit une confirmation de La fatale nouvelle.

M. Frochot lut, dans les ordres que lui remettait le commandant de la cohorte, l’abolition du gouvernement impérial, l’établissement d’une commission provisoire de gouvernement, siégeant à l’Hôtel de Ville, et l’injonction, s’il en était besoin, de faire un appel au pays en sonnant le tocsin. Toutes ces mesures révolutionnaires achevèrent de le dérouter. « Eh bien, dit-il à Soulier, que voulez-vous ? Il vous faut un emplacement pour la commission, un autre pour l’état-major. Il y a de la place dans la grande salle pour la commission ; quant à l’état-major, il pourra se mettre dans le bas