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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/236

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Entre ceux dont les noms ne sont pas et ne deviendront jamais illustres, il y a un fort noyau de représentans travailleurs, expérimentés, tous les élémens en un mot d’un gouvernement progressiste et fort, s’il se trouve un premier ministre pour le diriger. Comparez la moyenne de la chambre actuelle, comme niveau social ou comme capacité, à celles du règne de Louis-Philippe, qui nous apparaissent dans un lointain respectable et légendaire, vous verrez beaucoup d’analogies entre celles-ci et celle-là. Qu’importe que beaucoup de députés n’aient pas grande mine, le soir surtout, que le frac ne leur aille pas, qu’ils ne se préoccupent pas assez, comme le gandin des nouvelles couches, croqué par les chroniqueurs mondains, d’avoir « un pantalon qui ne soit pas brutal et qui meure bien au cou-de-pied ! »

Nos concitoyens ont une conception d’ancien régime, lorsqu’ils se plaignent que la chambre n’est pas assez « distinguée. » Elle ne l’est pas davantage en Allemagne ou en Angleterre. Il est tout naturel que la masse électorale délègue ses pouvoirs à des gens qui vivent en communauté de sentimens avec elle, et qui n’en sont pas séparés par une trop grande distance intellectuelle. Ce sont d’heureuses chances qui envoient siéger quelques-unes de ces sommités dont je parlais plus haut. Il en faut, c’est l’honneur d’une assemblée ; mais il lui faut aussi des représentans qui soient plus peuple, c’est là sa force. Il en faut qui plongent plus profondément dans la vie rurale ou ouvrière, qui en soient fraîchement sortis, parce qu’ils en connaissent mieux les besoins, ils en présentent une image plus fidèle. Les uns et les autres, réunis, symbolisent l’avènement de l’état de choses que Montesquieu recommandait, dans l’Esprit des lois, en ces termes : « Plus une aristocratie approchera de la démocratie, plus elle sera parfaite. »

Les six cents députés qui, en novembre prochain, viendront s’asseoir au palais Bourbon constituent, malgré qu’on en ait, une aristocratie démocratique parce qu’elle est temporaire, mais omnipotente pendant sa durée ; et je ne vois guère que les anarchistes qui seraient assez conséquens avec eux-mêmes pour supprimer cette dignité élective des législateurs, comme l’ensemble des rouages généralement quelconques du gouvernement. Ils ne sont d’ailleurs pas près d’atteindre leur but, attendu que le premier soin de toute force qui s’organise est précisé* ment de mettre l’anarchisme à la porte. C’est ce qui vient de se passer, il y a quelques jours, au congrès socialiste de Zurich, où le parti doctrinaire, représenté surtout par les Anglais et les Allemands, ayant à leur tête MM. Bebel et Liebknecht, a expulsé, dès la seconde séance, les membres des partis révolutionnaires, non estampillés. Ceux-ci ont immédiatement constitué, à côté de l’autre, un congrès des refusés, dont il n’y a pas grand’chose à dire, parce qu’on y décida,