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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/235

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Concorde, retrouvera sur les bancs de la république modérée où il ira s’asseoir deux de ses confrères et de ses aînés ; MM. Léon Say et Mézières, réélus tous deux au sud-ouest et au nord-est.

Et si je mentionne ces quelques noms littéraires, c’est pour montrer qu’en ce genre-ci comme en plusieurs autres, la future chambre ne manquera pas de Français notables. On a tant dit et répété que le niveau de nos chambres s’abaissait, on a fait de si grosses plaisanteries sur ces favoris du suffrage universel que l’on appelait des « sous-vétérinaires, » que l’on finirait vraiment par croire à l’étranger que l’assemblée législative ne se compose plus ici que du rebut de la nation. Cependant il subsiste, parmi les élus de cette chambre républicaine, un certain nombre de grands seigneurs de l’esprit, de la fortune et même de la naissance : témoin les ducs de Rohan et de Doudeauville, les princes de Broglie et d’Arenberg, le comte de Lévis-Mirepoix. Sans parler des simples gentilshommes qui eussent été admis à faire leurs preuves devant Chérin pour monter dans les carrosses, on y compte encore beaucoup de ceux que l’on nommait, avant la révolution, des « gens de qualité : » MM. de Maillé, de la Ferronnays, de Moustier, de Juigné, de Colbert, de La Bourdonnaye, de Montalembert, de Jouffroy, de La Rochejaquelein, M. l’abbé d’Hulst, etc. Et tous ceux-là, il s’en faut, ne siègent pas à droite. U en est qui comprennent, avec une grande hauteur d’idées, les devoirs d’ambition que le monde moderne impose à qui veut conserver autre chose qu’une apparence de patriciat dans un nom euphonique. L’un de ceux que je viens de citer disait, il y a quelques années, à un ami qui lui reprochait ses opinions actuelles : « Mon aïeul, sous Louis XY1, était lieutenant-général et ministre plénipotentiaire ; il servait la France. Mon père était ministre de Napoléon III, il servait encore la France. Député républicain, je sers à mon tour le pays dans les voies où il entend marcher ; tant pis si les rois ne sont pas à leur place, pour moi, je crois être à la mienne. » C’est là le fier langage d’une aristocratie qui veut vivre, et il n’est pas indifférent au bien d’un État, même d’un État démocratique, pour que ses destinées ne tombent pas aux mains de politiciens de profession, que l’ambition politique talonne les gens marquans à divers titres : c’est-à-dire non pas seulement ceux dont les noms font partie de notre histoire, ancienne ou contemporaine, comme MM. de Montebello, Casimir-Périer ou Cavaignac, mais aussi des citoyens pris parmi les plus intelligens ou les plus riches, dans les arts ou dans l’industrie. Or on ne peut nier que la chambre nouvelle ne possède quelques échantillons assez honorables en ce genre : M. Schneider, le roi de la métallurgie française, dont le nom est connu dans les deux mondes, MM. Laroche-Joubert, Lebaudy, quelques autres encore.