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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/194

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et il semble qu’elle remplit bien sa mission. C’est l’impression qu’emporte l’étranger, frappé de l’activité des constables dans les rues ; mais si l’on va au fond, on s’aperçoit que tout n’est pas aussi parfait à Londres qu’on pourrait le croire. Ainsi ce n’est qu’en 1878 que Scotland Yard a été pourvu d’un département criminel, semblable à celui qui fonctionne à Berlin depuis longtemps et qui correspond au bureau de la sûreté à Paris. Les circonstances qui ont présidé à la naissance du Polizeipräsidium, les fondemens sur lesquels il repose, la sphère d’activité qui lui a été assignée sont très différens, et celle-ci bien plus étendue que dans le système anglais. La pierre angulaire de celui-ci, c’est le constable : on admire le soin avec lequel il règle la circulation des voitures, avec lequel il veille à la sécurité de la rue ; le terrain qui lui est confié est limité, il connaît les maisons et les habitans ; si un inconnu suspect sort d’une maison, l’attention du constable est en éveil, et la nuit il s’occupe de voir que portes et fenêtres soient fermées. Il est bien payé, et ses heures de service n’ont rien d’excessif. Il n’a rien des occupations multiples qui incombent à son collègue berlinois : enregistrement des habitans, contributions, recrutement, assurances contre l’incendie, salubrité, police vétérinaire, constructions nouvelles, en dehors de la lutte contre le crime. Le constable anglais ne fait pas la chasse aux malfaiteurs, excepté lorsqu’il s’agit d’un flagrant délit ou de l’arrestation d’un individu porteur de marchandises volées.

A Londres, il n’existe pas d’institution qui oblige les locataires et propriétaires à aviser la police des arrivées et des départs. Il n’y a pas là de bureau spécial où l’on enregistre toutes les adresses et les changemens de domicile et où, moyennant 30 centimes, on peut obtenir le renseignement qu’on se procure si difficilement à Londres ou à Paris. Le Bottin et le Post office Directory ne contiennent qu’une faible partie des adresses.

A Londres, l’État paie un tiers, la ville deux tiers du coût de la police ; à Berlin, l’État a pris les quatre cinquièmes à sa charge ; à Londres, le coût en 1880 était de 22 1/2 millions de francs, à Berlin de 7 millions de francs. En 1878, il a été arrêté 54,610 personnes, à Berlin 52,000.

Quant à l’efficacité même des services rendus, il est très difficile de faire une comparaison utile, vu la différence de l’organisation, des mœurs, du nom même des délits. Il faut tenir compte aussi de la diversité du fonctionnement judiciaire dans les deux villes.


ARTHUR RAFFALOVICH.