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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/179

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Les pickpockets de Berlin (torfdrucker ; torf, bourse ; drucken, tirer) sont célèbres. Ils opèrent de préférence dans les foules, aussi bien dans la rue que dans les théâtres, aux cirques, aux gares de chemins de fer ; ils s’attaquent de préférence aux étrangers ou aux provinciaux.

Après avoir reconnu la poche à l’aide d’un attouchement très léger, ils y introduisent l’index et le médium qui, formant tenailles, ramènent la proie. Le cas échéant, un coup de canif bien affilé coupe le vêtement.

Le voleur à la tire opère ordinairement avec des complices, qui lui servent de paravent, et auxquels il passe l’objet volé. Il y a parmi eux beaucoup de femmes et d’enfans qu’on dresse à ce genre de vols et auxquels on apprend, au début, à faire les mouchoirs.

Il paraîtrait que le vol à la tire est on décroissance. Les pickpockets hongrois et polonais, qui possèdent une habileté extraordinaire et qui sont de véritables artistes, se seraient décidés à éviter Berlin depuis que de nombreuses arrestations et condamnations ont eu lieu.

Le rapport décennal fait observer, non sans une certaine naïveté, que la façon dont les femmes tiennent aujourd’hui leur porte-monnaie en facilite singulièrement l’enlèvement dans les foules.

On abandonne aux débutans la tâche de dépouiller les ivrognes ou les gens endormis sur les bancs. Le début de la saison froide coïncide avec une augmentation du vol des paletots dans les restaurans et dans les salles de l’Université. Les coupables, qui ne tardent pas à se faire prendre, appartiennent rarement aux professionnels ; ce sont, le plus souvent, des commis sans place ou d’anciens étudians.

Les magasins sont exploités par des catégories spéciales qui opèrent ordinairement deux par deux. Les femmes qui pratiquent ce genre de vols portent entre les jambes une grande poche dans laquelle elles entassent les articles sur lesquels elles peuvent mettre la main ; ou bien elles ont, sous leur jupe, une série de lacets terminés par des crochets pointus, auxquels elles attachent les objets.

Les tiroirs des caisses, dans les magasins, sont explorés par d’autres voleurs armés d’une baleine dont le bout est enduit de glu.

Les logemens de la classe ouvrière qui prend des coucheurs à la nuit sont cultivés par des spécialistes, de même que les greniers où l’on fait sécher le linge.

La disparition des chaises de poste, derrière lesquelles on attachait les bagages, a fait disparaître également l’industrie de ceux qui les volaient en coupant les cordes. Ceux-ci pratiquent