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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/176

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participation directe à l’assassinat des deux femmes, tuées l’une en 1876, l’autre en 1882, n’avait pas été complète ; mais le tableau de l’existence menée par Dickhof, pendant de longues années, a suffi pour faire naître dans l’esprit des jurés des présomptions morales suffisantes à amener un verdict de culpabilité, qui a permis de le condamner aux travaux forcés à perpétuité.

Dickhof, marié à une blanchisseuse et demeurant dans un petit village des environs de Berlin, exerçait, en apparence, le métier de commissionnaire ; c’était un intermédiaire qui entreprenait aussi bien de porter une lettre que de négocier la vente d’une propriété valant quelques centaines de mille marks. C’est ainsi qu’à un moment donné, il devint acquéreur d’une propriété de 300,000 marks, dont il vendit le bétail et l’outillage, et qu’il repassa à un homme de paille. Après avoir fait d’assez gros bénéfices durant la période d’agiotage de 1872-1873, comme courtier, il ne tarda pas à être réduit aux expédions, et c’est alors qu’il se chargea volontiers de faire fructifier les économies amassées par les vieilles femmes qu’il devait assassiner plus tard. En réalité, Dickhof menait une existence en partie double.

A côté de sa profession de commissionnaire, il était en même temps chef de bande et inspirateur d’une série de crimes contre la propriété, dont les complices, découverts et condamnés, ne l’ont jamais trahi. Sa spécialité était d’explorer le terrain, et, pour cela, son métier de commissionnaire lui procurait des entrées dans les maisons ou dans les bureaux. Les complices habituels de Dickhof firent tous leurs efforts pour lui constituer un alibi ; durant les dix jours que dura le procès, on vit défiler comme témoins, des types absolument extraordinaires, recrutés parmi les gens sans aveu, et dont les cliens du commissionnaire Dickhof ne soupçonnaient pas les relations avec celui auquel ils confiaient leurs courses.

L’impression produite par les révélations du procès fut si intense, que le ministre de la justice et le ministre de l’intérieur réunirent une commission chargée d’étudier les moyens de renforcer l’action de l’autorité publique contre les agissemens des malfaiteurs. Une autre affaire qui a provoqué l’intervention de la législation et qui a même fait sortir l’empereur Guillaume de la sérénité qu’un souverain observe ordinairement à l’égard des plaies les moins avouables de la société, c’est le procès Heinze, dont les débats occupèrent Berlin pendant plus de huit jours, au mois d’octobre 1891.

On sait que Berlin est gardé la nuit par des veilleurs qui jouent à la fois le rôle de portiers et celui de sergens de ville. Armés de toutes les clés du quartier qu’ils surveillent, ils ouvrent, moyennant une légère rétribution, la porte cochère à quiconque a oublié