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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/172

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préférence les débits d’eau-de-vie. La police en tolère l’existence, parce qu’il lui convient que les classes dangereuses aient des lieux de réunion connus d’elle. Le cabaretier lui sert parfois d’auxiliaire, le plus souvent il est muet et ne sait rien. C’est tout au plus s’il y a à Berlin une vingtaine de cabarets dont la clientèle se recrute exclusivement dans le monde du crime. Ces cabarets, situés aux extrémités de la ville, sont presque tous dans le sous-sol ; ils n’ont pas d’écriteau flamboyant, et le soir, la lumière arrive au dehors, tamisée par des rideaux. Les habitués sont des voleurs de profession, des indicateurs de coups à faire, ou des receleurs. Tout ce monde s’entretient à voix basse, boit et joue aux cartes. Les disputes sont rares ; dès qu’une querelle risque de devenir bruyante, les voisins interviennent pour empêcher tout scandale.

Parfois la porte s’ouvre, une tête se glisse et crie : Lampen ! À ce mot, un sauve-qui-peut général par toutes les issues ; l’hôtelier ramasse rapidement les verres, et, lorsque la police arrive, le local est vide. A Berlin comme à Francfort, les cabarets de cette catégorie ont une chaîne d’avant-postes ; ce sont de pauvres diables qui, pour quelques sous, montent la garde et préviennent en courant qu’il y a des gens suspects à l’horizon. Lorsque la descente de police est combinée de manière que les issues soient cernées et qu’on saisisse quelque malfaiteur contre lequel un mandat a été lancé, celui-ci se rend d’ordinaire sans opposer de résistance. Il obéit tranquillement à l’agent de police. Il est bien rare qu’il se défende à coups de couteau. La violence n’est d’ailleurs pas habituelle aux malfaiteurs berlinois : ils préfèrent la ruse et l’adresse. Les meurtres sont rares dans la capitale. Ces cabarets ont d’ordinaire une chambre sur la cour dans laquelle on se livre parfois à des orgies et où le Champagne n’est pas inconnu.

Les gens sans asile trouvent à se loger à Berlin moyennant 0 fr. 12 1/2, mais quels logis ! sous terre, dans des caves ou dans d’anciennes remises. C’est là que les voleurs de profession viennent recruter des apprentis, auxquels on commence par abandonner quelques besognes faciles : faire le guet, par exemple, emporter le butin. Peu à peu, si l’apprenti fait preuve de bonnes dispositions, il avance en grade. En même temps, il est affublé d’un sobriquet qui remplace son véritable nom.

Le nombre des arrestations pour mendicité a diminué de 19,000 en 1881, à 6,636 en 1890, celles pour vagabondage et manque de domicile, de 12,000 à 9,000.

Berlin compte trois asiles de nuit : tout d’abord, l’asile municipal, nouvellement construit, qui renferme dix dortoirs chacun pour 70 personnes qui dorment sur des bancs de bois.

On a installé des bains pour 20 personnes, soit douches, soit