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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/962

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956 RBYUB DES DEUX MONDES.

LE MOUVEMENT FINANCIER DE LA QUINZAINE.

Le 30 mai dernier, la rente française était à 97.60, l’amortissable au même cours, le k 1/2 à 105.92. Aujourd’hui les trois fonds sont cotés respectivement 98.50, 98.60, et 106.15. L’unique raison de cette hausse est la chasse faite, en liquidation, au découvert qui s’était formé le mois dernier sur de prétendus événemens défavorables, tels que la crise monétaire aux États-Unis, la crise banquière en Australie, l’élévation du taux de l’escompte à Londres, la déroute des acheteurs au Stock-Exchange et à Berlin, des difficultés ministérielles en Italie et en Espagne, etc.

Ces prétendus événemens fâcheux ont tous bien tourné, ou tout au moins n’ont pas produit les malheurs attendus. M. Cleveland, à Washington, a déclaré d’un ton de bonne humeur qu’il n’y avait rien à redouter et qu’il ferait intervenir le Congrès le jour où les choses paraîtraient arrivées au pis. La crise australienne s’est apaisée soudain et toutes les banques qui avaient suspendu leurs paiemens sont en voie de reconstruction. Le taux de l’escompte à Londres a été ramené de Zi à 3 pour 100. A Berlin, les fonds russes et les valeurs locales ont recouvré leur ancienne fermeté. La hausse est redevenue le mot d’ordre à Vienne. En Italie enfin et en Espagne, les gouvernans ont vaillamment tenu tôte à l’opposition.

Comme l’argent continue d’être très abondant et inoccupé chez nous, que l’épargne ne cesse de s’accroître et de se porter sur les valeurs de premier ordre, que les élections allemandes n’inspirent aucune appréhension, que les ventes de rentes par la Caisse des dépôts et consignations se ralentissent au fur et à mesure de l’affaiblissement des excédens de retraits aux caisses d’épargne, la hausse effectuée en liquidation ne s’est heurtée à aucune résistance sérieuse et a été facilitée au contraire par les rachats empressés des vendeurs. Il est probable même que le mouvement aurait pris un peu plus d’ampleur si la loi frappant d’un impôt les opérations de Bourse n’était entrée en vigueur le 1"’ juin et n’avait en quelque sorte arrêté toutes transactions.

Cet impôt est une des inventions les plus malencontreuses de la législature qui traîne en ce moment ses derniers jours. Elle l’a voté sous l’impulsion d’un sentiment irréfléchi de haine contre l’esprit de