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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/716

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astreints au paiement d’une prime variable, qui leur éviterait les débours personnels, en cas d’accident de leurs ouvriers, et assurerait à ceux-ci une indemnité raisonnable. Malheureusement, cette loi, en admettant qu’elle soit votée au palais Bourbonavant lafmdelalégislature, ne lésera pas au Luxembourg ; et le projet qui, depuis si longues années, est à l’étude, n’entrera pas encore dans la voie de l’exécution. Si au contraire la chambre avait accepté le texte du sénat, la loi eût pu être mise immédiatement en vigueur, quitte à être remaniée à loisir, à mesure que l’expérience en aurait dévoilé les défauts.

Nos représentans ne montrent pas moins d’inconséquence dans la façon dont ils prétendent traiter les affaires coloniales ; l’interpellalion de M. de Mahy sur Madagascar l’a une fois de plus démontré. La politique coloniale, à la mode il y a une douzaine d’années, et dont le Tonkin avait un moment dégoûté le pays, est heureusement redevenue en faveur. Tous, ou à peu près tous les partis, reconnaissent que la colonisation est une tâche qui s’impose, en notre période du monde, aux grands et riches États modernes. L’absence de colonies, dans un temps déterminé, avec l’esprit qui prévaut de nos jours, pourrait équivaloir à une sorte de séquestration du peuple qui aurait été assez inerte pour ne pas se créer des dépendances dans le monde, alors que le monde n’était pas complètement occupé.

Nous n’avons pas manqué à ce devoir, puisque notre domaine colonial comprend aujourd’hui une population de près de hO millions d’habitans, répartis sur la surface du globe. Seulement ce domaine est tantôt un peu fictif encore, tantôt extrêmement vague. Notre ministre des affaires étrangères doit travailler à la fois dans le roman et dans l’histoire : l’histoire, ce sont les relations extérieures avec les pays civilisés ; le roman, c’est la diplomatie en pays perdu, au sud de l’Asie ou au centre de l’Afrique, les ambassadeurs s’en allant à tâtons sur les cartes géographiques, sachant à peine de quoi ils parlent, se disputant des territoires que nul pied européen n’a pour ainsi dire foulés. Aussi est-ce merveille comme jaillissent les difficultés de frontières, sur des points où les frontières n’ont jamais été relevées, comme dans ce royaume de Siam qui n’est limité, ni avec l’Angleterre du côté de la Birmanie, ni avec la France du côté du Cambodge. Ce pourrait être bien pis en Afrique, où l’une de nos barrières, jusqu’à ce qu’on en ait adopté quelque autre plus solide, est le quatrième parallèle qui naturellement ne se voit pas sur le terrain.

Cependant lesparlemens, non-seulement à vrai dire celui de France, mais ceux de toute l’Europe, sont intraitables sur ces chapitres. Aucun ne veut céder un pouce des espaces mal définis qu’il pense lui appartenir. Les Anglais se sont récemment fort offusqués de ce qu’un poste français, voisin delà Gambie, ait enlevé un de leurs drapeaux, en-deçà d’une certaine zone de dix kilomètres qui leur a été adjugée ; mais,