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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/651

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LA NAVIGATION AÉRIENNE.

tement et suivre facilement toutes les indications du gouvernail. Nous sentîmes que nous étions absolument maîtres de notre direction, et que nous pouvions parcourir l’atmosphère dans tous les sens aussi facilement qu’un canot à vapeur peut évoluer sur l’eau calme d’un lac. » Les aéronautes, arrivés au-dessus de Villacoublay, à trois quarts de lieue de Ghalais, effectuèrent un changement de direction, vinrent passer tout près du Petit-Bicêtre, et de là regagnèrent leur point de départ. Ils atterrirent doucement à l’endroit exact d’où ils étaient pnrtis vingt minutes auparavant. Ils avaient parcouru 7 600 mètres ; ce qui correspond à une vitesse de vingt-trois kilomètres à l’heure. Cette première expérience n’était qu’un essai ; son succès n’en eut pas moins un retentissement très légitime et très naturel. Six autres, exécutées sur de plus longs parcours et dans des conditions atmosphériques moins favorables, suivirent à d’assez courts intervalles. La dernière eut lieu le 23 septembre 1885. De Chalais, la France vint jusqu’au Point-du-Jour, par un assez fort vent d’est, qui lui était directement contraire. Les fortifications franchies, le virage eut lieu. La modestie des inventeurs les arrêta au seuil de la capitale où les attendaient les acclamations de la foule enthousiaste. Aidés par le vent, qui d’ennemi devenait un auxiliaire, ils regagnèrent Chalais en quelques minutes. Cinq fois sur sept, docile à la main qui le dirigeait, la France est revenue exactement à son point de départ. Le ballon dirigeable n’est donc plus une utopie, et on peut prévoir le moment prochain où la conquête de l’air sera réalisée :

 
Nil mortalibus arduum est ;
Cœlutn ipsum petimus…

Comment ce résultat si considérable a-t-il été obtenu ? L’honneur en revient en grande partie au moteur, à la fois léger et puissant, imaginé par M. Renard. Doué d’une force de neuf chevaux-vapeur, il ne pesait que 100 kilogrammes. De savantes recherches avaient en outre permis de quintupler, sous le même poids, l’énergie de la pile. Mais la légèreté, — c’est là le point faible, — était acquise aux dépens de la durée. Les approvisionnemens qu’il était possible d’emporter sans surcharger le ballon ne permettaient pas de faire fonctionner la pile pendant plus d’une heure et demie. La housse, soigneusement fabriquée, était plus légère encore, toutes proportions gardées, que celle de Dupuy de Lôme. Elle ne présentait aucune saillie de nature à créer une résistance, et dans le même dessein, les parois de la nacelle étaient