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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/644

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REVUE DES DEUX MONDES.

Qui, voyant ces mortels voyager dans les cieux,
S’étonne, les admire et les prend pour des dieux.


Peut-être, nouveaux Pizarres, profiteront-ils du prestige dont ils seront à coup sûr entourés, pour conclure, du sein des nues, quelques traités qui feront rentrer des peuples nouveaux dans ce que le quai d’Orsay appelle notre sphère d’influence.

La possibilité d’une telle tentative soulève peut-être quelques objections. Mais à quoi bon ? Les promoteurs n’ont-ils pas l’encourageant exemple du Victoria, dont Jules Verne nous conte la palpitante odyssée[1]. Et puis, la triste désillusion vient toujours assez tôt. Laissons les âmes généreuses et les esprits entreprenans savourer, avant l’échec, les joies non déflorées que leur donne l’espérance[2].

Heureux qui voit de loin, dans l’arène infinie,
Courir son rêve devant soi.


II.

L’invention de Montgolfier, en dépit des utiles perfectionnemens que presque aussitôt après y apporta le physicien Charles, parut bien vite, à l’insatiable curiosité du public, un résultat insuffisant. Cet aérostat, ludibrium ventis, jouet des vents capricieux qui, au hasard de leur souflle incertain, le promenaient à travers les plaines éthérées, il fallait pouvoir le diriger, franchir avec lui les océans et les montagnes, et, libre comme l’oiseau, défier avec lui toutes les frontières. Dans l’enthousiasme de la première heure, on lui en demandait beaucoup plus qu’on n’en a encore pu obtenir. Rien ne paraissait impossible aux imaginations surexcitées. Ce fut l’imagination, en effet, beaucoup plus que la raison éclairée par la science, qui présida aux premières tentatives de direction des ballons. Il serait sans intérêt de les énumérer ici. Tenons-nous-en à celles qui marquent un progrès vers la réalisation de l’idée.

La première en date qui mérite d’être mentionnée est due à Meusnier, ingénieur militaire, général du génie à trente-cinq ans, à une époque où la loi des cadres n’avait pas encore réglé la monotone allure de l’avancement. Il mourut en 1793 en défendant héroïquement la place de Mayence contre les Prussiens et les Autri-

  1. Voyez Cinq semaines en ballon, par Jules Verne.
  2. Voyez Revue maritime et coloniale (mai 1892 et numéros suivans). — Voyages aériens au long cours, par MM. Léo Dex et Maurice Dibos.