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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/641

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LA NAVIGATION AÉRIENNE.

le souci de leur sécurité, on l’a chargé de transporter dans les hautes régions de l’atmosphère les physiciens désireux d’y recueillir d’utiles informations. Les ascensions de Glaisher, de Robertson, de Gay-Lussac, de Barrai et de Bixio, à des hauteurs supérieures à 7 000 mètres, ont vivement frappé l’attention des contemporains et facilité l’étude des problèmes délicats relatifs à la distribution de l’électricité atmosphérique, à la variation de l’intensité magnétique et à la composition du gaz complexe que nous respirons.

La téméraire ascension du Zénith à 8 600 mètres de hauteur, exécutée le 24 mars 1875, coûta la vie à Sivel et à Crocé-Spinelli. Ce funèbre événement marqua la limite supérieure que son organisation physiologique semble interdire à l’homme de jamais dépasser.

Cependant l’humaine curiosité n’est pas satisfaite. L’insatiable science veut connaître ces solitudes dépeuplées dont l’accès est défendu à tout ce qui a vie. Les conditions physiques des hautes régions de l’atmosphère sont encore inconnues, et il est permis de penser que les phénomènes ne s’y passent pas tous conformément aux lois qui régissent le milieu dans lequel nous vivons. Comment varient, avec l’altitude, la pression atmosphérique, et la température, et le magnétisme, et l’état électrique ? La composition chimique reste-t-elle constante ? La vapeur d’eau, l’acide carbonique, ne disparaissent-ils pas à partir d’un certain endroit ? Quelle est dans ces couches dilatées, situées au-delà de l’écran protecteur des nuages, la puissance de la radiation solaire ? Et ces terrifians météores, la grêle, la neige, la foudre, comment se forment-ils ? N’est-ce pas en s’élevant qu’on pourra pénétrer les lois qui régissent l’ouragan et la tempête ? N’est-ce pas là-haut, en cette mystérieuse immensité, que se trouvent peut-être les outres formidables d’Éole ?

L’homme ne peut y atteindre. Il y enverra, exacts serviteurs, des instrumens chargés d’observer pour lui, de tenir registre des phénomènes, et d’en faire au retour le fidèle rapport. Une modeste et patriotique association[1], stimulée par la verve toujours jeune de son président, un des vétérans de la science aéronautique, s’occupe, avec un zèle digne d’encouragement, à pratiquer de temps à autre, au moyen de ballons non montés, munis d’appareils enregistreurs, ces sortes de sondages à longue portée dans les profondeurs de l’atmosphère. Elle a déjà recueilli ainsi plus d’une donnée intéressante pour la science.

Son ballon l’Aérophile a rencontré cette année, à 10 000 mètres

  1. L’Aérophile, présidée par M. Wilfrid de Fonvielle.