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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/413

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Prusse près le saint-siège, l’envoya prendre dans des carrosses de gala. Les généraux de la suite du prince montèrent dans ces carrosses, le prince lui-même et M. de Schlœzer occupèrent un simple coupé, avec livrée noire, — pour marquer la forme privée. Ainsi en avait-il été préalablement décidé entre M. de Schlœzer et le secrétaire d’État de Léon XIII, le cardinal Jacobini.

Il y avait eu, à la lettre, une question des carrosses. Du côté du roi, on avait tout fait pour que les voitures de la maison de Savoie pussent monter d’une traite, du Quirinal, où logeait le kronprinz, à la cour Saint-Damase, au cœur même du palais pontifical. Tout ce qu’il y avait dans Rome de partisans de la conciliation s’en était mêlé : on eût dit que là-dessus se livrait un suprême assaut ; c’était une véritable toile d’intrigues et de machinations, où mille personnages obscurs, mille officieux, mille entremetteurs politiques glissaient subtilement leur fil. Le Vatican ne répondit que par un refus catégorique. Les voitures du roi n’entreraient pas dans la cour Saint-Damase. Ce fut alors une bordée de sifflets : la presse jeta les hauts cris ou fit la dédaigneuse.

Diplomatie des quadrupèdes ! dit-on. Et le mot était vrai de toute vérité, puisque la couleur des chevaux elle-même avait fait l’objet d’une discussion. Les chevaux ne devaient pas être blancs, parce que c’était sur un cheval blanc que le saint empereur romain des nations germaniques entrait, au moyen âge, dans la ville éternelle et qu’on ne voulait ni trancher ni renouveler la querelle du sacerdoce et de l’empire. Détail futile, s’il y avait, pour la curie romaine, quelque chose de futile ; si, pour elle, le cérémonial ne changeait pas de nom et ne s’appelait pas le rituel ; si, pour elle, les paroles n’étaient pas des textes ; si le moindre geste d’un pape ne s’imprimait pas, pour elle, sur le tissu des temps, comme la face de Jésus sur le linge de Véronique ; si Léon XIII ne levait pas, pour bénir et pour condamner, les deux doigts que saint Pierre a levés, il y a deux mille ans ; si l’Église, en un mot, n’était pas un bloc, dont toutes les parties, toutes les parcelles, toutes les molécules se tiennent ; qui semble être tombé du ciel, ainsi que d’énormes blocs sont tombés de la voûte de la basilique de Constantin, d’un coup et d’une pièce, sans qu’un grain du ciment s’en soit désagrégé. Par cette diplomatie des quadrupèdes, le saint-siège entendit montrer (et, qu’on le remarque bien, montrer en présence et au moyen du prince héritier de l’empire allemand) que sa résistance « aux faits accomplis contre lui » était la même qu’au premier jour. L’intention, peu à peu, fut d’autant mieux comprise que Léon XIII la souligna encore, lors de la visite que fit, à Rome,