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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/400

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et Muntz établissent que la nitrification est une fermentation, pour qu’on comprenne enfin la raison du travail auquel les hommes se livrent depuis la plus haute antiquité.

Visiblement, tels que nous les exécutons aujourd’hui, ces travaux sont insuffisans ; si nous sommes contraints, afin d’avoir d’abondantes récoltes, d’acheter du nitrate de soude, c’est à coup sûr parce que nous ne provoquons au printemps dans nos terres qu’une nitrification trop faible. La charrue, en effet, découpe le sol en tranches qui sont retournées, la bande tout entière est déplacée d’un bloc, chacune de ses parties fait une demi-révolution dans un même plan, et toutes ces molécules déplacées restent par rapport les unes aux autres dans la position qu’elles occupaient avant ce déplacement ; ce premier travail, excellent pour ouvrir le sol aux eaux de la pluie qui doivent s’y emmagasiner, ne mélange pas les unes aux autres les diverses parties du sol ; la trituration, la dissémination des fermens n’a pas lieu.

La herse, ce cadre de bois ou de fer armé de dents, fait un peu mieux. Elle brise les mottes formées par la charrue, elle entraîne quelques particules de terre, elle les déplace ; son travail est efficace, aussi ne se borne-t-on pas à herser les terres Dues, les cultivateurs hardis font passer cet instrument dans les champs de blé au mois d’avril, quand la jeune plante bien enracinée est capable de résister au dur travail qu’elle va subir. — Le proverbe dit : « Si tu herses ton blé, ne regarde pas derrière toi. » C’est qu’en effet l’aspect est lamentable, les tiges sont brisées, piétinées par les attelages ; à la place des lignes vertes, agréables à l’œil, que présente le champ qu’on attaque, on ne voit plus qu’un désordre qui semble irrémédiable ; quinze jours plus tard, tout est réparé, les tiges couchées se sont enracinées de nouveau, le blé a tallé. C’est l’effet visible, mais certainement aussi ce travail de trituration a pour effet de disséminer les fermens, de les répandre, de les mettre au contact de matières nitrifiables encore intactes, sur lesquelles ils peuvent exercer leur action.

Les constructeurs ont, au reste, imaginé des appareils d’un travail plus efficace que ceux que nous employons d’ordinaire. Je ne serais pas étonné notamment qu’un instrument à dents nombreuses disposées en chicane les unes par rapport aux autres, sur plusieurs rangées successives, variante du scarificateur, méritât d’être plus répandu qu’il ne l’est encore. Il n’est pas douteux que lorsqu’on sera convaincu qu’en opérant autrement qu’on ne le fait actuellement on peut sinon éviter, au moins beaucoup restreindre, les très lourdes dépenses qu’entraîne l’acquisition du nitrate de soude, on ne réussisse à construire des appareils