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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/394

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récoltes. Pour qu’elles deviennent plus abondantes, il faut apporter des matières plus attaquables que l’humus, le fumier notamment, dont les sels ammonicaux se transforment rapidement, tandis que ses matières organiques n’entrent en jeu que plus lentement. On introduit encore dans le sol bien d’autres matières organiques azotées ; le Midi consomme en grandes quantités les tourteaux des graines oléagineuses que cèdent à la culture les huileries de Marseille. Parmi les engrais organiques azotés, les uns, tels que le sang, évoluent rapidement ; d’autres, la laine, le cuir, beaucoup plus lentement, et à ce titre conviennent surtout aux cultures arbustives, à celle de la vigne notamment.

Les transformations de ces matières complexes n’ont lieu, nous l’avons dit, que sous l’influence des fermens nitriques ; ceux-ci sont très répandus, MM. Muntz et Aubin ont pu constater leur présence non-seulement dans toutes les terres cultivées qu’ils ont examinées, mais encore dans des lieux déserts et même des stations élevées telles que le pic du Midi ; en revanche, les fermens nitriques paraissent être cantonnés dans les couches superficielles du sol ; à une certaine profondeur, ils deviennent rares, puis, plus bas, disparaissent.

Les fermens nitriques sont des agens d’oxydation ; par suite, on conçoit qu’ils ne travaillent qu’autant qu’ils se trouvent dans une atmosphère oxygénée. Cette condition est bien loin d’être toujours remplie ; si l’air circule aisément dans une terre ameublie par les instrumens, assainie par un sous-sol perméable, par des fossés d’écoulement ou par le drainage, il n’en est plus de même dans une terre plate, à sous-sol imperméable, non drainée. Un sol semblable se gorge d’eau pendant l’hiver, l’air n’y circule pas, la nitrification s’arrête. — Dans les terres fortes, argileuses, elle est parfois difficile à cause de leur compacité, elle est plus facile dans les terres légères et humides ; cet avantage des terres sablonneuses est compensé par leur facile dessiccation ; or, l’humidité n’est pas moins nécessaire à l’évolution des fermens que l’air lui-même ; dans une terre sèche, tout s’arrête, l’ammoniaque introduite persiste.

A ces conditions : présence des fermens, d’une matière nitrifiable, de l’air et de l’eau, s’en ajoutent d’autres encore. La nitrification ne se produit qu’entre des limites de températures comprises entre 10° et 45 degrés ; quand, en hiver, le froid sévit, les fermens nitriques ne fonctionnent pas, ils ne travaillent pas davantage dans les terres brûlées par les radiations solaires ; enfin, la production des nitrates n’est abondante que dans les terres où il existe du calcaire. Il arrive très souvent qu’un ferment vit mal dans un milieu renfermant en quantité sensible les produits formés par ce